Lettre ouverte aux soignants du service de pédopsychiatrie – 01/07/2017

dauphinBonjour à tous,

Mon premier semestre dans le service de pédopsychiatrie du Centre hospitalier va s’achever à la fin de ce mois de juillet. Étant en congé pour trois semaines à compter du 10 juillet, je souhaitais vous adresser un petit mot sans plus attendre.

Certains d’entre vous ont pu participer au conseil de service qui s’est déroulé hier matin. Avant d’entamer l’échange autour du projet de service que j’y ai présenté, j’ai brièvement évoqué l’importance que j’attachais au fait de restaurer un climat plus apaisé et serein dans les relations au sein du service, ceci sans vouloir porter le moindre jugement à titre rétrospectif sur quiconque. C’est ce point que je voudrais développer.

Pourquoi, c’est important ? Pour des raisons évidentes mais qu’il peut être utile de détailler. Pour des raisons très égoïstes en premier lieu : nous passons chacun beaucoup de temps au travail, nous y consacrons beaucoup d’énergie… Cela nous rapporte de l’argent à la fin du mois et c’est la moindre des choses. Si nous pouvons en retirer en prime un peu de plaisir et une certaine satisfaction tout en nous économisant du stress lié à des conflits ou des dysfonctionnements, c’est encore mieux. Ceci est d’autant plus vrai que nous avons la chance de faire chacun à notre niveau un très beau métier : le fait de travailler auprès d’enfants est plutôt vivifiant et fait appel à notre créativité… C’est un travail d’équipe : nous serons d’autant plus inventifs et,  même si ce terme peut ne pas être très bien connoté, d’autant plus performants que ce travail se fera dans une bonne ambiance… Que de déperdition d’énergie il peut y avoir dans les institutions à régler des conflits ! En raccourci, on peut dire que notre métier consiste à accueillir la souffrance des enfants, de leur famille et à leur apporter dans la mesure du possible un certain soulagement. Pour cela nous avons acquis un certain nombre de compétences par nos études et nos formations ainsi que par notre expérience professionnelle qui s’est constituée au fil des ans… Mais cela ne suffira pas en l’absence d’une certaine disponibilité psychique ; mieux vaut donc ne pas avoir l’esprit trop encombré par des problèmes institutionnels.

Comment faire ? A l’évidence, pas de recette ! Comme j’ai pu le dire, cela ne se décrète pas. Il serait vain de faire une note de service dans ce sens. Pour autant, cela n’est peut-être pas si compliqué. Cela dépend de tout un chacun. Il y faut un esprit d’ouverture, de la tolérance, de la confiance, une capacité d’écoute, de la bienveillance… à noter qu’il s’agit de qualités requises dans notre positionnement vis-à-vis de nos patients. Pourquoi n’en serait-il pas de même vis-à-vis de nos collègues ?

Nous sommes tous différents de par notre personnalité, de par notre formation, de par notre expérience. Le fait d’avoir des points de vue différents ne doit pas nous empêcher d’échanger, bien au contraire. S’il est légitime d’argumenter et de chercher à convaincre afin de faire valoir sa façon de penser, il ne l’est pas de vouloir l’imposer tout en rejetant tous ceux qui ne la partageraient pas.

Personnellement, j’aime bien pouvoir m’appuyer sur des exemples concrets pour illustrer ma façon de voir. Je partirai d’un exemple tout récent fourni à l’occasion de la journée de baptême de l’hôpital de jour de Bourgoin-Jallieu du 23 juin dernier. Avant toute chose, je tiens à souligner la grande réussite de cette journée de témoignages des professionnels et des parents. Que l’ensemble de l’équipe soignante et ma collègue le Dr Marie-Hélène ISSARTEL en soient remerciés.

Le témoignage de Mme Christine GINTZ, Présidente du RAAHP (Rassemblement pour une Approche des Autismes Humaniste et Plurielle) qui y était invitée est à mon sens très précieux. Elle avait été précédemment conviée à la journée régionale des hôpitaux de jour organisée au Centre hospitalier de Vinatier le 13 janvier 2017 par mon collègue le Dr Michel FRANCOZ et son équipe.

Témoignage précieux dans le sens où il soulève finalement beaucoup de questions et que je m’autorise à reprendre dans la mesure où Mme GINTZ peut faire état de son expérience de parent dans des réunions publiques.

Mme GINTZ milite au sein de son association en tant que parent d’un enfant autiste, mais elle ne cache pas qu’elle est par ailleurs médecin psychiatre et psychanalyste, ce qui est tout de même de nature à influer sur sa perception du problème et ce qui lui a donné plus facilement accès à des travaux de recherche actuels sur l’autisme.

Son fils nous dit-elle a convulsé dès la naissance et des bilans ont pu ultérieurement mettre en évidence chez lui une anomalie génétique : ces facteurs somatiques authentifiés sont-ils de nature à remettre en cause le diagnostic d’autisme ou encore à modifier l’approche thérapeutique qui pourrait lui être proposée ?

Mme GINTZ a nettement pris position contre les orientations politiques qui se proposaient d’exclure les prises en charge se référant à la psychanalyse au profit de méthodes éducatives ou d’inspiration comportementaliste prétendument les seules à être scientifiquement validées (cf. les recommandations de l’HAS ou la proposition de résolution présentée récemment par le député Daniel FASQUELLE).

Mais qu’en est-il du parcours de soins de son fils ? Mme GINTZ peut nous dire que l’expérience qu’elle a eue de l’hôpital de jour n’a pas été très heureuse et qu’elle y a mis fin au bout d’un an ; elle précise qu’elle n’a pas eu un bon contact avec le médecin, mais qu’elle s’était bien entendue avec une aide-soignante de ce service – comme quoi l’accroche d’un enfant ou d’une famille à un soignant peut être très indépendante de son statut professionnel1. Et le fils de Mme GINTZ a donc été pris en charge selon la méthode ABA et il bénéficie actuellement de la méthode des « 3i ».

Voilà qui met à mal bien des oppositions et clivages qui organisent habituellement notre pensée. Je retiens une phrase du manifeste de l’association de Mme GINTZ que je vous laisse méditer : « La monoculture appauvrit les sols mais aussi les esprits ».

Vous l’aurez compris, je suis favorable au brassage et à la confrontation des idées et au contraire réfractaire à tout ce qui viendrait enfermer notre pensée dans un corpus idéologique trop étroit, quel qu’il soit. C’est dans cet esprit que j’ai proposé en fin de conseil de service la création d’une association qui, outre le fait de pouvoir collecter des fonds pour mener à bien certains de nos projets, permettrait l’organisation de conférences ou de toutes autres manifestations susceptibles de nous réunir pour débattre de sujets touchant à notre pratique.

La proposition d’un blog2 va dans le même sens. Si vous souhaitez apporter votre contribution à ce blog, il suffit de m’envoyer un mail et je vous indiquerai la procédure. J’espère que vous serez nombreux à le faire.

Sur ce, je vous souhaite de bonnes vacances à tous et vous donne rendez-vous pour la plupart à la rentrée de septembre.

1 – J’ai eu personnellement un témoignage analogue d’une mère d’un jeune autiste qui avait eu un vécu douloureux du passage de son enfant en hôpital de jour : elle s’était opposée au psychologue et au médecin, mais elle conservait une vision positive de l’éducateur référent de son fils – « Lui, il était bien », pouvait-elle dire, ce que je ne peux que confirmer, le connaissant, car il intervenait également sur le Centre médico-psychologique du Bois d’Oingt dans lequel je travaillais.

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