Argument

20171009_095920« Limites et interdits à l’hôpital de jour »

Quand un enfant naît, il ne dispose pas des mécanismes qui lui permettent de réguler les sensations internes désagréables (par exemple celle de la faim) et les excitations externes facteurs de déplaisir auxquelles il est soumis. C’est l’Autre, l’Autre maternel, qui va assurer cette régulation, apaiser par les mots, par le nourrissage et les soins apportés au corps, et ainsi faire tomber la tension, restaurer l’état antérieur, établir progressivement une barrière de protection au sein même du psychisme de l’enfant.

La mise en place des circuits pulsionnels, conjointement aux  développements du moi et de ses mécanismes de défenses viendront ainsi se substituer progressivement aux soins maternels pour assurer l’homéostasie du corps et sa satisfaction. L’apprentissage du langage est crucial ; son nouage avec le corps – soit sa prise dans les réseaux de la langue – permet la localisation de l’excitation autour des trous du corps, l’ordonne. Enfin, l’éducation et les apprentissages vont lui permettre de s’ouvrir à l’autre, tisser ses liens sociaux, trouver sa place dans le monde.

Les enfants reçus à l’hôpital de jour ne disposent pas ou seulement de manière partielle de  ces mécanismes. Ainsi, la moindre frustration, un refus ou un simple changement affectant leur quotidien, peuvent déclencher des crises violentes, des agressions à l’égard de l’entourage, ou au contraire des automutilations, tentant d’évacuer le trop d’excitation qui les envahit. Comment se débarrasser de ce trop quand on ne possède pas la langue ou quand l’Autre auquel on a affaire est un Autre menaçant, trop réel ? Qu’est ce qui peut faire limite à l’excitation  qui envahit le corps et devient destructrice ?

La vie en institution implique le respect de l’autre et d’un certain nombre de règles sociales. Bien souvent, cette dimension est appréhendée d’un point de vue plus éducatif que psychologique tant par les soignants que par les parents. Pourtant une approche strictement éducative  ne peut faire sens avant que l’enfant n’ait pu s’ouvrir à l’altérité, à celle de l’autre, c’est-à-dire au petit semblable comme à l’adulte qui s’occupe de lui, et à la sienne propre. Comment poser des règles, des interdits, à un enfant quand les mouvements pulsionnels lui échappent, quand  l’image de son corps n’est pas construite, quand le langage ne fait  pas  sens pour lui ? Les soignants sont confrontés à cette difficulté de devoir accueillir les débordements qui agissent  le comportement et le corps de l’enfant, et assurer le respect des règles nécessaires à la vie en collectivité.

Cette journée est une invitation à échanger sur nos pratiques, au cas par cas. A partir d’exemples, de vignettes cliniques, il s’agira de partager les savoirs faire, les  inventions des soignants pour permettre à l’enfant de trouver ses propres solutions. Comment accueillir, contenir, limiter, interdire,  apaiser, permettre, autoriser ?  Démontrer que la pratique ne peut se réduire à une technique ou à un protocole établi, tel sera l’enjeu de cette journée.

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