Que dira Agnès Buzyn aux médecins dénonçant les malades mentaux laissés sans soins ? — Journalisme et Santé Publique

Revue de presseBonjour Les temps changent. Après Libération voici que Le Parisien se porte lui aussi au chevet de la psychiatrie, grande malade depuis longtemps oubliée sur un brancard dans l’immense salle des urgence nationale 1. Cela donne « Des psychiatres s’alarment : pourquoi tant de ‘’fous’’ dans nos rues ? » (Elsa Mari). Où l’on apprend qu’une centaine […]

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Conseil de lecture

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Alors que vient de paraître le dernier roman de Michel HOUELLEBECQ, « Sérotonine », il pourra paraître incongru de vous recommander la lecture d’un rapport de l’IGAS datant de novembre 2017 et intitulé «  Organisation et fonctionnement du dispositif de soins psychiatriques, 60 ans après la circulaire du 15 mars 1960 », sans doute d’une qualité littéraire moindre, mais néanmoins très instructif pour qui s’intéresse à l’organisation et au fonctionnement des services de psychiatrie. (que cela ne vous empêche pas toutefois de lire « Sérotonine »).
Je vous en livre quelques extraits – du rapport, pas du roman !

« Le dispositif de soins psychiatriques est loin d’être statique, il fait preuve d’une remarquable capacité à innover et à se redéfinir mais pourrait aussi se replier sur des prises en charge plus traditionnelles dans un contexte de découragement des professionnels et de rationalisation budgétaire. Ces constats ne doivent pas cependant masquer les problèmes d’organisation et de fonctionnement du dispositif existants ».

« Les délais d’attente pour obtenir une prise en charge en pédopsychiatrie restent inacceptables. La diversification toujours plus grande des types de soins et des modes de prise en charge, leurs références territoriales variables, la multiplicité des partenariats à organiser, forment une représentation complexe du dispositif de soins et, au total, rendent son pilotage difficile ».

« Il serait tout aussi inexact de considérer que le dispositif de soins psychiatriques serait en proie à un certain désordre expliqué par des querelles d’écoles portant sur la conception de la maladie mentale et de sa prise en charge. Les divergences scientifiques ont toujours existé en psychiatrie. Elles sont nécessaires au progrès des connaissances et des pratiques. Elles cohabitent bien, parfois au sein d’un même service, et le dispositif de soins sait souvent utiliser ces approches différentes de la maladie dans l’intérêt des patients ».

Vous pouvez consulter pour davantage de développements le site de l’IGAS, le résumé du rapport, le rapport et ses annexes

Le quotidien Libération raconte les souffrances de la psychiatrie. Qui lui en dira merci ? — Journalisme et Santé Publique

confiance-mediasBonjour Que vaudrait un média qui ne mènerait pas de combat ? Edition de Libération datée du 9 janvier 2019. « La psychiatrie à cran. Sous-effectif, mauvais traitements, isolement des malades… Si la situation est très variable d’un lieu de soin à l’autre, la psychiatrie publique va mal. Tour de France des hôpitaux psy. » […]

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Revenir aux fondamentaux

csbjJ’ai le souvenir d’un conseil de service, il y a plusieurs années de cela, au cours duquel le Dr Emmanuel SUCHET avait affirmé la nécessité de « revenir aux fondamentaux ». Il s’agit d’un ancien chef de Pôle de pédopsychiatrie aujourd’hui à la retraite avec qui j’ai eu le plaisir de travailler pendant de très nombreuses années sur le secteur de Villefranche sur Saône. Cela lui avait valu une remarque de la part d’un des éducateurs du service sur un mode humoristique et non sans quelque pertinence comme quoi quand un coach sportif use de cette formule, c’est suite à une contre-performance de son équipe : « On dit cela quand on a perdu… ».

Y a-t-il véritablement nécessité encore aujourd’hui de « revenir aux fondamentaux » ? Et si oui, est-ce du fait d’une « contre-performance » des équipes soignantes des services de pédopsychiatrie ?

Il convient sans doute de dire les choses autrement, mais il est vrai que la psychanalyse qui a constitué une référence quasi exclusive pour notre discipline pendant des décennies se voit quelque peu déconsidérée de nos jours ou tout au moins concurrencée par d’autres modèles théoriques, d’autres types d’approche…

Voici ce que j’écrivais il y a presque dix ans de cela : il s’agit d’une communication intitulée « Freud au pays des neurosciences » qui a été présentée aux journées de la SFPEADA (Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et Disciplines Associées) les 5 et 6 juin 2009 à Lille.

freud au pays des neurosciences

« Des tensions toujours plus fortes sont perceptibles dans notre discipline, entre des modèles théoriques opposés, débouchant sur des pratiques divergentes. Dans ce contexte, ma trajectoire professionnelle m’a conduit à exercer dans différents secteurs de pédopsychiatrie, lesquels ne partageaient pas les mêmes références théoriques, loin s’en faut… Dans ces querelles, l’autisme a constitué et constitue encore un champ de bataille emblématique… de nature optimiste, j’avais mis initialement cette phrase au passé, mais de violentes et récentes polémiques sur le sujet dont vous avez certainement eu quelque écho m’ont conduit à apporter une correction en redoublant le verbe au présent de l’indicatif…

J’ai donc souhaité amorcer une réflexion sur ces différentes approches, à la fois pour me situer personnellement, sans rien renier de mes expériences professionnelles, anciennes et actuelles, mais aussi en pensant aux équipes avec lesquelles je travaille au quotidien et qui semblent bien souvent en proie à un certain désarroi face à une sensible désaffection du public pour des approches psychodynamiques classiques et à l’inverse un engouement pour des techniques nouvelles issues d’approches cognitives ou neuropsychologiques, face aussi à des critiques quelques fois caricaturales… »

Cela reste d’actualité me semble-t-il… et comme quoi, j’ai de la suite dans les idées !

Gilets Jaunes et vanité

confiance-mediasLe sous-titre : Les conséquences d’un trop-plein d’intelligence et de subtilité

Un article du blog de Jean-Yves Nau, journaliste et docteur en médecine :

« Ainsi certains mots, sans atteindre toujours la subtilité prisée dans les hautes sphères, ont le mérite de ne pas réclamer d’explications »

A méditer… un péché d’orgueil qui peut toucher des hautes sphères autres que celles de la politique

Lettre ouverte aux soignants du service de pédopsychiatrie – 15/12/2018

lettre ouverteDans ma précédente lettre ouverte datant du mois de juin 2018, je défendais l’idée d’une nécessaire mutation dans le domaine de la pédopsychiatrie qui est le nôtre, du fait de l’évolution très marquée au cours des dernières décennies du contexte dans lequel nous vivons et nous travaillons. Certains d’entre vous ont répondu par écrit à cette lettre ouverte et je tiens à les en remercier, tout ce qui est de nature à susciter débat constituant pour moi un élément très positif. Des désaccords s’exprimaient par rapport à la position que je défendais. J’ai fait la proposition d’une diffusion plus large de cette réponse qui m’était adressée, mais cela n’a pas été accepté, même sous couvert d’anonymat.

Cependant, je n’ai pas été vraiment convaincu par les arguments qui m’étaient opposés ; je reste sur la position que j’avais soutenue et ce d’autant qu’un récent article publié dans la revue « Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence » vient apporter de l’eau à mon moulin, ne serait-ce qu’à considérer son titre : « Projet pour le CMP de demain. L’évolution nécessaire des CMP pour la psychiatrie de demain de l’enfant et de l’adolescent ». Il est toujours réconfortant de constater que nos idées peuvent être partagées par certains, surtout lorsque ceux-ci ont une certaine autorité en la matière.

« Ce texte émane du conseil d’administration et du conseil scientifique de la SFPEADA » est-il précisé dès la première phrase du résumé de l’article. La Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et des Disciplines Associées est une société scientifique sérieuse et ses membres sont tout à fait respectables. Même si on ne partage pas leur point de vue, on aurait tort de les considérer comme de dangereux illuminés… Il suffit de citer Daniel MARCELLI qui en est le Président ou Nicole CATHELINE, Présidente du conseil scientifique, qui cosignent cet article.

Je vous invite à vous référer à cet article dans son intégralité afin d’en saisir l’esprit, mais je vous en livre quelques extraits, à l’appui de ce que j’ai pu écrire précédemment.

Sur l’évolution constatée du terrain sur lequel s’inscrit notre pratique et la nécessité qui en découle d’un ajustement des réponses à apporter dans le domaine de la santé mentale

« Cependant, il est incontestable que la situation des personnes, adultes comme enfants, souffrant de pathologies mentales a beaucoup évolué tout comme les questions liées à la santé mentale en général : les besoins ne sont plus exactement les mêmes, tout comme les demandes et aussi les expressions pathologiques les plus fréquemment rencontrées. Par ailleurs, si certains intersecteurs fonctionnent de manière remarquable ayant su s’adapter et répondre aux demandes nouvelles, il en est d’autres dont le fonctionnement est tout sauf satisfaisant, souvent figé dans des modèles de moins en moins adaptés.

Force est de constater qu’après avoir honnêtement remplie cette mission pendant plus de 30 ans, il est raisonnable désormais de revoir cette porte d’entrée vers les soins psychiques ».

Sur la nécessité de revisiter nos modèles en élargissant ce qui fait référence dans notre pratique à des corpus de connaissance différents de la psychanalyse

« L’enjeu consiste à articuler au mieux les connaissances issues du passé, plus précisément tout ce qui concerne le corpus des connaissances en psychologie et psychopathologie avec les connaissances neurocognitives et neuro-développementales contemporaines. Les unes ne doivent jamais conduire à récuser les autres et l’intelligence consiste à les articuler au mieux ! L’ensemble des professionnels doivent donc s’engager dans des formations actualisant leurs connaissances tant sur les aspects théoriques que sur les pratiques nouvelles de soins : pédopsychiatres, mais aussi psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, travailleurs sociaux, éducateurs, etc. Il serait souhaitable de proposer aussi des « formations transversales » permettant à ces divers professionnels de renforcer un socle de connaissances commun ».

Sur l’inaccessibilité aux soins qui est rapportée davantage au délai d’attente qu’à l’éloignement géographique

« En effet, le reproche majeur qui est fait à ces structures d’entrée (CMP) est leur « inaccessibilité », essentiellement du fait des délais d’attente, certains pouvant aller jusqu’à deux ans (qu’il s’agisse du premier RV ou de la mise en place de suivis), ce qui n’est pas acceptable pour des situations qui peuvent avoir un impact fort sur le développement psychique ultérieur des enfants et adolescents. Il s’agit donc de réguler l’accès à ce dispositif qui doit indiscutablement demeurer le centre névralgique de la politique de santé sectorisée ».

Sur une ébauche de redéfinition des missions de la pédopsychiatrie incluant une approche éducative (et pas uniquement psychothérapique)

« Il faut enfin souligner que l’approche éducative fait partie des missions de la pédopsychiatrie. Pouvoir accompagner des familles démunies quant à certains comportements de leurs enfants constitue ce qui s’appelait autrefois de la guidance familiale. Dans bien des situations cette approche, à condition qu’elle soit relayée par d’autres professionnels (école, médecin libéral, école des parents et des éducateurs, etc.) suffit à dénouer les conflits sans embouteiller inutilement les services de soin ».

Sur la nécessaire diversification des modalités de prise en charge des patients

« L’hétérogénéité actuelle des CMP devrait être limitée en harmonisant le plus possible les soins. Afin de mieux répondre aux situations très diverses qu’ils reçoivent, aux attentes des familles et réduire les listes d’attente pour la mise en place des soins, un CMP devrait disposer de différents types d’approche.

Le développement de nouvelles techniques de soins doit être au maximum prise en compte dans ces nouveaux CMP. Il n’est plus envisageable désormais de ne disposer que d’une seule approche thérapeutique. Il pourrait ainsi y avoir plusieurs types de réponses susceptibles d’être apportées par les CMP en fonction des besoins des patients. Des thérapies individuelles ou de groupe, des thérapies brèves ou plus longues, cognitivo-comportementalistes ou d’orientation psychodynamique selon les besoins,

Si les soins en individuels demeurent indispensables, les groupes thérapeutiques doivent être développés, avec ou sans médiation et sans présumer des approches théoriques ».

Je ne vais pas plus loin dans les citations. Il convient de se reporter à l’article dans son entier pour saisir l’architecture à différents niveaux qui y est proposée afin de répondre de manière optimale aux besoins de nos jeunes patients et de leur famille.

Je vous souhaite à tous de bonnes fêtes de fin d’année, dans un climat social que l’on voudrait le plus serein possible.

Bien cordialement

C’est pour de rire

Urgence choisie

Un grand merci à la jeune troupe de l’Atelier théâtre du collège Clemenceau (Lyon 7e), à Mme BOCCON GIBOD Amandine, enseignante et Mme TARDY Audrey, comédienne, pour le moment très agréable que nous avons pu partager ensemble lors de la représentation de la pièce  « Urgence choisie » donnée le 14 décembre au Centre hospitalier Pierre Oudot de Bourgoin Jallieu.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à cette représentation, nous pouvons en résumer l’histoire. Du fait de la saturation des services des urgences, une nouvelle réforme a été mise en place : l’accès au soin se fait par tirage au sort, en fonction du dernier chiffre du numéro de la sécurité sociale « Aujourd’hui, seuls les patients dont le numéro de sécurité sociale se termine par un 7 pourront voir le docteur ». Un chœur de secrétaires emperruquées en orange est là pour rappeler les règles établies, y compris auprès du médecin qui voudrait parfois y déroger, en tenant compte  de la gravité des troubles que présentent les patients. On voit sur la photo ce médecin au bord du burn-out en train d’être réconfortée.

Arriva ce qui devait arriver, un patient récalcitrant se rebelle et en vient à poignarder une des secrétaires (le PC sécurité n’a visiblement pas eu le temps d’intervenir). Manque de chance pour cette secrétaire, son numéro de sécurité sociale se termine par 9… On devine la suite.

Saturation des services de soins hospitaliers et tout particulièrement des urgences, épuisement des soignants, mécontentement des patients pouvant parfois s’exprimer par des comportements violents, organisation bureaucratique et déshumanisation de l’hôpital… la critique est sévère, mais elle est malheureusement le reflet d’une certaine réalité.

Comme j’ai pu le mentionner dans un court propos à l’issue (tragique) de cette pièce, sans en arriver à cette extrémité d’un tirage au sort dans le cadre de nos CMP (Centre médico-psychologique), lesquels sont  quelque peu saturés de demandes, nous sommes nous aussi amenés à faire des choix, à déterminer des priorités avec la part de subjectivité que cela comporte et avec certainement des frustrations que cela peut générer auprès des familles qui se trouvent reléguées dans les derniers rangs de notre liste d’attente…

Je soulignais pour finir les vertus du rire, un excellent vecteur pour faire valoir ses idées, ses critiques… En ces temps de très grandes tensions au plan social il est vivement conseillé d’en faire un usage le plus large possible.

Je vous recommande sur ce thème Le billet de François MOREL du 14/12/2018 : il y préconise l’usage des gaz hilarants pour la répression des manifestations à la place des gaz lacrymogènes. Du rire aux larmes ou des larmes au rire, à vous de choisir.