Faits divers

Urgences enfants

Toulouse, ville rose chantée par Nougaro, ville dans laquelle j’ai grandi et où j’ai fait mes études de médecine… souvenirs, souvenirs !

Je reprends le contenu d’un article paru ce jour dans la Dépêche du midi qui fait un peu froid dans le dos : adolescence, Internet, jeux vidéos, deux jeunes frères autistes… Les ingrédients ordinaires d’un drame familial dont heureusement l’issue n’a pas été fatale.

« Les parents de l’adolescente de 12 ans qui s’est grièvement blessée en se jetant du cinquième étage de leur appartement, à Toulouse, ont expliqué qu’elle avait voulu se punir. Elle avait acheté des jeux en catimini sur internet.

Dans sa chambre d’hôpital, Manuela (1), reprend goût à la vie. Ses parents et l’équipe médicale veillent à chaque instant sur ce corps abîmé que le bitume a bien failli engloutir à jamais. Manuela, 12 ans, est une miraculée. Le bassin en compote, les jambes inertes, la voilà percluse de douleurs et de traumatismes après un geste de désespoir. Un saut dans le vide du cinquième étage du modeste appartement familial.

Vingt mètres plus bas, son corps d’adolescente s’est sèchement écrasé, ce lundi 18 mars, vers 17 h 30, sur le parking de la résidence, quartier Saint-Cyprien, à Toulouse. « Ma femme a vu la fenêtre ouverte, elle s’est penchée et a vu le corps de Manuela étendu en bas. Elle a poussé un cri d’horreur », raconte Karim, le père de l’adolescente, un artisan boulanger qui ne compte plus les nuits sans sommeil. Des nuits à comprendre.

Que se passe-t-il dans la tête d’une enfant de 12 ans qui décide de se défenestrer ? Les raisons sont sans doute multiples. Aussi dérisoires qu’insoutenables. Un mélange de trop-plein et de vide sidéral. Mais dans le cas de Manuela, l’élément déclencheur fait froid dans le dos. « Juste avant de sauter, elle a laissé un mot sur la table de la cuisine, poursuit Karim. Elle demandait pardon, je ne gaspillerai plus l’argent, maman je t’aime, je vous aime… »

Quelques jours auparavant, Manuela demande à son père la permission d’acheter un jeu à 9 € sur son ordinateur. Elle joue à « Movie Star Planet », ce jeu en ligne pour « devenir une véritable star ». Un jeu qui vend aussi du rêve, de la mode, des mannequins glacés au sourire écarlate transpirant le bonheur, la beauté, la vie. Manuela se pique au jeu. Son père lui fait confiance. Avec sa carte bancaire, elle fait un premier achat à 9 € en rentrant les codes sur l’ordinateur, puis un second et ainsi de suite pendant plusieurs jours.

« Je devais payer ma location d’un box de parking et j’ai voulu retirer de l’argent à un distributeur. Mais mon retrait a été refusé. Je ne comprenais pas, poursuit Karim. Sur le relevé bancaire que j’ai édité, j’ai constaté des achats pour des jeux. Il y en avait pour 400 € ! ». Le père de Manuela lui demande des comptes. « Elle était très gênée et moi bien embêté. Elle ne voulait pas que sa mère le sache et je lui ai parlé de punition ».

Le lendemain, Manuela décide de se jeter dans le vide. Comme pour se débarrasser d’une trop lourde culpabilité. Et s’infliger ainsi son propre châtiment. Juste avant, elle venait d’ouvrir la porte de l’interphone à sa mère. Sur son lit d’hôpital, les premiers mots de Manuela sont pour son père, « et l’argent papa, c’est bon ?… » Elle a embrassé son père, regrettant son geste. Ses parents estiment qu’elle a été piégée par l’attrait du jeu, « comme peuvent l’être d’autres enfants ».

Elle devrait prochainement rejoindre un centre de rééducation. Sensible au bien-être de ses parents, Manuela avait écrit une lettre au Président de la République pour qu’il puisse aider sa famille et ses deux jeunes frères autistes. Dans l’espoir d’une vie meilleure ».

Toute notre sympathie va à cette famille durement éprouvée

 

VDM

VDM-1VDM, si j’emprunte ce sigle à un site Internet bien connu, je dois prévenir le lecteur que la séquence que je vais évoquer n’a rien de drôle et qu’elle a même jeté un certain trouble dans mon esprit qui a persisté dans la soirée. Vie de merde (VDM) est ici à entendre au sens propre, si l’on veut bien me passer un rapprochement de termes un peu hasardeux.

Hier soir, en rentrant du travail, alors que je marchais dans une rue de Lyon pas loin de la gare Jean Macé, deux jeunes qui faisaient la manche à côté d’un petit supermarché m’interpellent : “Dr FLEURY, Dr FLEURY…” 

“ On vous a reconnu… Vous avez vieilli… Vous avez des cheveux gris… (Belle entrée en matière !… c’est même pas vrai…)

Le physique du plus âgé, 19 ans, me rappelle quelque chose… mais pas vraiment le second, 17 ans, qui il est vrai a lui aussi bien changé depuis notre dernière rencontre qui remonte à des années en arrière. Tous deux sont frères et sont de mes anciens patients, alors que je travaillais à Villefranche sur Saône. Ils étaient trois frères ;  l’aîné de la fratrie que je connaissais aussi s’est suicidé quand il était adolescent, alors qu’il était placé en foyer.

J’engage avec ces deux jeunes la conversation, leur nom et leur histoire me reviennent assez vite à la mémoire.

Le plus jeune se souvient que nous jouions aux Playmobils quand il venait me voir. Il est en surcharge pondérale ; les traitements qu’il a reçus et qu’il prend peut-être encore y sont sûrement pour quelque chose. Je l’avais vu quand il était un tout jeune enfant, mais c’est surtout son frère dont j’avais eu à m’occuper quand il était adolescent. C’est lui qui monopolise la parole. Son discours part un peu dans tous les sens… Je le reconnais bien là !

Il est sur un fauteuil roulant et m’explique que suite à un traumatisme du genou, il est condamné au fauteuil pour la vie (je pense qu’il exagère un peu son handicap, peut-être pour espérer en retirer plus de générosité de la part des passants). Il vit avec son frère à la rue depuis plusieurs jours : ils dormaient sous le pont qui mène à la gare de Perrache ; aujourd’hui, grâce à un éducateur qui suit la famille depuis des années, ils ont pu obtenir un hébergement provisoire dans un hôtel. Il évoque encore des déboires avec la justice, le fait qu’il n’a pas respecté ce qui était fixé pour son contrôle judiciaire et qu’il pourrait passer 20 ans en prison (il exagère sans doute encore) ou avoir comme alternative d’aller en hôpital psychiatrique. Il parle de sa mère avec qui les relations ont toujours été très tendues et qu’il met une nouvelle fois en cause. Il est suivi par un collègue psychiatre, mais ce suivi est irrégulier et il affirme ne plus prendre de traitement depuis trois semaines.

Les trois frères ont eu des parcours de vie très compliqués marqués par des mesures de placement, des suivis éducatifs, des prises en charge pédopsychiatriques… Le second de la fratrie, celui qui a dix-neuf ans aujourd’hui, a tout fait : placements en famille d’accueil, placement en foyer, restitution dans la famille chez la mère, faute de possibilité de le maintenir en institution du fait de passages à l’acte répétés… Il a été orienté en établissement spécialisé de type ITEP (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique) puis déscolarisé… Il a eu affaire aux services sociaux, au juge des enfants , au titre de la protection de l’enfance, mais aussi du fait de sa mise en cause dans des affaires pénales. Il a bénéficié de suivis en Centre médico-psychologique ; on ne compte pas ses passages aux services des urgences suite à des crises d’agitation, ses hospitalisations en pédiatrie ou dans des services spécialisés pour adolescents. Ceci sans parler de toutes les réunions de concertation, de synthèse entre les différents partenaires impliqués dans sa prise en charge.

Tout ça pour en arriver là : deux jeunes entrant à l’âge adulte qui se retrouvent à la rue avec peut-être pour seul horizon la prison ou l’hôpital psychiatrique. Au risque de me montrer cynique en considérant ce drame humain sous un angle financier, je n’ose même pas imaginer le coût pour la société que peut représenter l’ensemble des prises en charge mises bout à bout dont ces jeunes ont “bénéficié”, terme mis entre guillemets au vu des résultats obtenus. « Peut mieux faire » : que ce soit dans le domaine de la protection de l’enfance ou dans celui de la pédopsychiatrie, nous avons sans doute encore des progrès à accomplir.

A lire sur ce sujet : Protection de l’enfance – Urgence

 

De l’enfant roi à l’enfant tyran

Revue de presseUn article du Monde « Face aux enfants tyrans, des parents en détresse se forment à la non violence » met un coup de projecteur sur une réalité de plus en plus palpable, celle de parents soumis à la tyrannie de leur enfant et sur une initiative originale de la part de collègues pédopsychiatres du CHU de Montpellier : « Au CHU de Montpellier, un programme inspiré de Gandhi aide pères et mères à désamorcer les comportements agressifs de leur enfant ».

Ceux d’entre nous qui exercent au sein d’un hôpital peuvent en témoigner. Combien d’admission aux urgences chez des adolescents, voire de beaucoup plus jeunes enfants pour des accès de violence, des « crises clastiques » (un terme très tendance) suite à une frustration parfois minime !

« Il (ou elle, les garçons n’ayant pas le monopole des passages à l’acte violents)

  • a dévasté sa chambre…
  • nous a frappé…
  • nous a menacé avec un couteau…
  • … »

(rayer les mentions inutiles)

Ces troubles ne s’inscrivent pas systématiquement dans un cadre nosographique précis et ne surviennent pas obligatoirement dans des milieux défavorisés ni dans un contexte de négligence affective et de carence éducative. Points communs, l’intolérance à la frustration, l’impulsivité, l’aversion au délai… et des parents qui se retrouvent fort démunis, n’ayant souvent d’autre recours que d’appeler les pompiers, la police ou les gendarmes, ce qui ne désamorce pas forcément la violence de ces jeunes… J’ai le souvenir d’une jeune fille adressée au service des Urgences de l’hôpital de Villefranche sur Saône qui avait « dévasté » le bureau d’un gendarme alors qu’elle se trouvait en garde à vue… c’est dire si rien ne peut arrêter certains d’entre eux !

Quant aux professionnels de la santé que nous sommes, nous pouvons certes répondre à l’urgence avec des traitements, voire des mesures d’isolement ou de contention, mais il ne s’agit que d’une réponse immédiate, temporaire et qui ne résout en rien le problème de fond…

Enfants et numérique

Il convient à tous que les écrans ont pour nature de détériorer les relations entre l’enfant et son entourage. Cependant, ces écrans étant rentrés dans les maisons que depuis une petite dizaine d’années, nous pouvons nous poser la question de ses effets sur le cerveau des enfants.

Pour tenter d’y répondre, une émission de France Inter à écouter ou réécouter.

https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-31-octobre-2018

sevrage-ecrans

Le développement de l’adolescent dans sa construction identitaire

Une conférence organisée par la Maison des adolescents le 23/11/2018 à la Maison des association 6 rue Berthe de Boissieux à Grenoble

Conférence Maison des ados 23-11-2018

ARGUMENT
« L’adolescence est la période entre l’enfance et l’âge adulte, une période de transition de plus en plus longue, significative en termes de changements sur les plans biologique, neurobiologique, cognitif, social et psychique (Cannard, 2015).
C’est un temps d’expérimentations et de rencontres, donnant des opportunités au jeune de développer son identité (Arnett, 2000; Erikson, 1968).
L’adolescence est une phase de construction identitaire, une période où l’individu doit élaborer ses premiers choix, s’engager et peut être reconsidérer ces engagements.
C’est pourquoi c’est aussi le temps des incertitudes et des doutes mais aussi une période d’émergence des troubles psychologiques (anxiété, dépression, faible estime de soi …). Sous l’influence de la famille, de l’école, des pairs et des amis, et selon le contexte dans lequel il se trouve, l’ado ne sait plus qui il est, ce qu’il est et ce qu’il vaut.
Face à tous les changements pubertaires, face aux exigences de la culture adolescente, face aux injonctions des différents groupes sociaux (famille, école, pairs), il est normal de se poser ces questions, mais certains sont très vulnérables et ont des difficultés pour grandir et avancer vers l’autonomie.
Le soi en construction est particulièrement mis à rude épreuve aujourd’hui dans la société de l’image et le diktat de la performance et de l’évaluation. L’adolescent peut rester bloqué dans des pensées répétitives focalisées sur sa personne et les difficultés qu’il « pourrait » rencontrer, ou encore fuir dans de nouvelles dépendances pour éviter de trop penser (alcool, drogue, jeux vidéo, réseaux sociaux). Des ruminations qui, selon leur mode, peuvent rendre les tentatives d’exploration inadaptées et les potentialités d’engagements avortées.
Deci & Ryan (synthèse dans l’article français de 2008) depuis de nombreuses années, définissent ce qu’un environnement dit bienveillant peut apporter pour le développement harmonieux de l’adolescent, afin de favoriser son autodétermination dans les études et dans les domaines qui comptent pour la construction du soi.
Un tel environnement doit satisfaire trois besoins psychologiques fondamentaux, à savoir le besoin d’affiliation, le besoin d’autonomie et le besoin de compétence.
L’objectif de la conférence-débat est de faire connaître le développement de l’adolescent et ses enjeux identitaires pour mieux comprendre ses questionnements et ses comportements, avec ou sans provocation, afin de mieux l’accompagner dans sa quête d’autonomie et de favoriser son bien-être ».