Journée Cinéma et Psychiatrie

Cinéma et Psy 2018
Pour ceux qui ont la chance de pouvoir se libérer, un programme alléchant les 5 et 6 décembre 2018 au Centre hospitalier du Vinatier.

Ciné et Psy 2018 – Programme

« La journée thématique « Bienvenue chez les psy », comme le film qu’il paraphrase, va parler à la fois des gens et des lieux. Les « psy », soignants et soignés, fréquentent les mêmes lieux : certains, et ils sont nombreux, pour le temps d’un soin, d’autres pour leur travail, certains pour accompagner un proche, beaucoup pour se protéger et tenter de se rétablir ; tous pour essayer de maintenir ou de renouer les liens interhumains qui régissent notre existence ».

Pour votre inscription, merci de joindre un chèque à l’ordre du Trésor Public :
-Tarif normal : 30€ pour une journée ou de 50€ pour les deux jours
-Tarif réduit : 10
€ pour une journée ou de 15€ pour les deux jours : familles d’usager, étudiants, chômeurs et re-traités.
Entrée gratuite pour les personnels des CH Le Vinatier, Saint Jean de Dieu et Saint Cyr au Mont d’Or.
Entrée gratuite pour les usagers, inscription auprès de la maison des usagers de chacun de ces trois établissements
.
Inscription auprès de julie.guitard@ch-le-vinatier.fr
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(juste pour les amateurs de paraphrases et bien que ce n’ait pas vraiment de rapport, je vous propose « Un indien dans l’asile »)

Journée annuelle de la Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et Disciplines Associées

Le thème de cette année de la Journée de Novembre de la SFPEADA est   » Les thérapies brèves et focaliséesVers de nouvelles pratiques en pédopsychiatrie ».

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Argument:

 » La Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent est heureuse de vous convier au colloque qui aura lieu à Paris le vendredi 16 novembre 2018 sur le thème des psychothérapies brèves ou focalisées.

Les équipes de pédopsychiatrie sont confrontées à des demandes cliniques de plus en plus diversifiées et à des parents de plus en plus avertis grâce aux techniques d’information et de communication modernes. Les équipes témoignent au quotidien d’une grande créativité dans leurs pratiques cliniques et s’ouvrent progressivement à tout un ensemble d’approches psychothérapiques alternatives ou complémentaires aux psychothérapies d’orientation psychodynamique auxquelles elles ont été formées. Ces dernières années, en particulier, nous avons assisté au développement progressif du domaine des psychothérapies focalisées qui posent de manière explicite la question de la formalisation des objectifs thérapeutiques et leur partage avec l’enfant/l’adolescent et sa famille. Le travail thérapeutique en pédopsychiatrie, en effet, ne peut pas se concevoir sans une prise en compte indispensable des connaissances et des attentes que les parents ont vis à vis de leur enfant. Il ne s’agit pas d’adhérer directement à la demande explicite des parents mais de développer avec eux une alliance de soin qui implique une information et une co-construction permanentes.

En effet, questionner les modèles psychothérapiques et plus largement nos modèles de soin implique de réfléchir à la nature de l’alliance thérapeutique avec l’enfant et la famille et à la manière de la construire et de la soutenir. Traditionnellement on considère que l’alliance thérapeutique est constituée de deux composantes interdépendantes auxquelles la personne/sa famille et le clinicien apportent leur contribution réciproque : la qualité émotionnelle du lien thérapeutique, qui vise à développer une compréhension réciproque et un accord sur le niveau d’intimité partagé, et l’alliance de travail qui implique un accord autour des objectifs thérapeutiques et des tâches/stratégies déployées pour les atteindre. Si la qualité émotionnelle du lien thérapeutique est basée sur l’authenticité, la chaleur et l’empathie du professionnel (capacités qui permettent au patient/à la famille de faire confiance au thérapeute), l’alliance de travail est davantage basée sur l’expertise du professionnel, son engagement, sa capacité à clarifier les attentes de la personne et de la famille afin de mobiliser leur motivation au travail. Il s’agit de construire de manière collaborative un projet thérapeutique qui inclut l’explicitation d’objectifs et les méthodes et tâches spécifiques employées pour les aborder : les participants impliqués dans la thérapie, la durée et la fréquence des séances, le focus des séances, l’évaluation des changements ou des processus visés et l’accord sur tout ce qui concerne le travail à réaliser en dehors de séances.

La littérature scientifique récente a montré jusqu’à quel point le focus sur l’alliance de travail permettait d’augmenter le sentiment d’autonomie et la motivation de la personne et de sa famille et contribuait fortement au résultat des interventions, probablement davantage que la nature des interventions elles-mêmes (Law D., 2012 ; Orlinsky et al., 2004). Il a été également montré que ce focus sur l’alliance de travail et les objectifs thérapeutiques partagés permet aussi aux enfants et adolescents d’être mieux engagés dans les prises de décision et de travailler de manière plus collaborative vers les objectifs fixés (Green, 2006).

L’ajustement entre les attentes exprimées par les patients/les familles et les connaissances du thérapeute concernant les meilleurs stratégies à mobiliser est donc au cœur de cette alliance de travail dans lequel le thérapeute devient « un facilitateur avec une expertise ». Cela demande aux thérapeutes, à côté de leur domaine principal de compétence, d’avoir une connaissance approfondie d’un ensemble de techniques thérapeutiques qui pourront éventuellement être mobilisées en fonction des situations.

On voit jusqu’à quel point il est indispensable de consacrer une réflexion à la question des objectifs thérapeutiques et des méthodes psychothérapiques, ce que cette journée de la SFPEADA se propose de faire.

La journée sera ouverte par une conférence magistrale du Professeur Jean Nicolas Despland de Lausanne, expert de l’évaluation des psychothérapies. La conférence sera suivie par 5 ateliers qui permettront d’aborder différentes thématiques autour des psychothérapies focalisées : les nouveaux développements dans le domaine des approches psychodynamiques et cognitivo-comportementales, la question de la structure des thérapies et des objectifs, l’implication des familles (psychoéducation, guidance, psychothérapie familiale systémique), les interventions en situation de crise (en contexte d’urgence ou traumatique) et les approches brèves qui utilisent des médiations en groupe.

Dans l’après-midi une table ronde permettra à des experts d’horizons différents (perspective psychanalytique, perspective cognitivo-comportementale, perspective systémique) de dialoguer autour des changements que ces nouvelles approches introduisent dans nos pratiques cliniques et dans notre manière d’envisager les soins psychiques.

La journée se terminera avec une intervention de conclusion par le Pr Alain Braconnier qui mettra en perspective les travaux de la journée.

Pour les professionnels souhaitant approfondir la thématique du colloque, deux ateliers DPC d’une demi-journée chacun seront proposés le lendemain autour des « Thérapies basées sur la mentalisation » et de la « Thérapie de Guidance interactive avec Vidéo Feed-back ».

Nous espérons que ce colloque sera une belle occasion pour réfléchir à nos modèles psychothérapiques et encourager l’approche multidisciplinaire et les pratiques complémentaires que notre société s’efforce de promouvoir.

Références bibliographiques

Green JM (2006). The therapeutic alliance – a significant but neglected variable in child mental health treatment studies. Journal of Child Psychology and Psychiatry. 47 :5 425-435.

Law D, Wolpert M (editors). Guide to Using Outcomes and Feedback Tools with Children, Young People and Families . Formally known as COOP (Children and Young Peoples’ Improving Access to Psychological Therapies Outcomes Oriented Practice) version 2 of the above updated December 2013 . Copyright © 2014 CORC Ltd.

Orlinsky, D. E.; Rønnestad, M. H.; Willutzki, U. (2004). Fifty years of psychotherapy process-outcomes research: Continuity and change – M. J. Lambert, (Ed.). Bergin and Garfield’s Handbook of Psychotherapy and Behavior Change (pp- 307-393. New York: Wiley. « 

Les-psychothérapies-brèves-et-focalisees

Bulletin-inscription-Journée-Novembre2018

Le développement de l’adolescent dans sa construction identitaire

Une conférence organisée par la Maison des adolescents le 23/11/2018 à la Maison des association 6 rue Berthe de Boissieux à Grenoble

Conférence Maison des ados 23-11-2018

ARGUMENT
« L’adolescence est la période entre l’enfance et l’âge adulte, une période de transition de plus en plus longue, significative en termes de changements sur les plans biologique, neurobiologique, cognitif, social et psychique (Cannard, 2015).
C’est un temps d’expérimentations et de rencontres, donnant des opportunités au jeune de développer son identité (Arnett, 2000; Erikson, 1968).
L’adolescence est une phase de construction identitaire, une période où l’individu doit élaborer ses premiers choix, s’engager et peut être reconsidérer ces engagements.
C’est pourquoi c’est aussi le temps des incertitudes et des doutes mais aussi une période d’émergence des troubles psychologiques (anxiété, dépression, faible estime de soi …). Sous l’influence de la famille, de l’école, des pairs et des amis, et selon le contexte dans lequel il se trouve, l’ado ne sait plus qui il est, ce qu’il est et ce qu’il vaut.
Face à tous les changements pubertaires, face aux exigences de la culture adolescente, face aux injonctions des différents groupes sociaux (famille, école, pairs), il est normal de se poser ces questions, mais certains sont très vulnérables et ont des difficultés pour grandir et avancer vers l’autonomie.
Le soi en construction est particulièrement mis à rude épreuve aujourd’hui dans la société de l’image et le diktat de la performance et de l’évaluation. L’adolescent peut rester bloqué dans des pensées répétitives focalisées sur sa personne et les difficultés qu’il « pourrait » rencontrer, ou encore fuir dans de nouvelles dépendances pour éviter de trop penser (alcool, drogue, jeux vidéo, réseaux sociaux). Des ruminations qui, selon leur mode, peuvent rendre les tentatives d’exploration inadaptées et les potentialités d’engagements avortées.
Deci & Ryan (synthèse dans l’article français de 2008) depuis de nombreuses années, définissent ce qu’un environnement dit bienveillant peut apporter pour le développement harmonieux de l’adolescent, afin de favoriser son autodétermination dans les études et dans les domaines qui comptent pour la construction du soi.
Un tel environnement doit satisfaire trois besoins psychologiques fondamentaux, à savoir le besoin d’affiliation, le besoin d’autonomie et le besoin de compétence.
L’objectif de la conférence-débat est de faire connaître le développement de l’adolescent et ses enjeux identitaires pour mieux comprendre ses questionnements et ses comportements, avec ou sans provocation, afin de mieux l’accompagner dans sa quête d’autonomie et de favoriser son bien-être ».

Lettre ouverte à Josef SCHOVANEC

29573355_812300982294877_3592229703624068710_n-1Bourgoin-Jallieu le 24/06/2018

Cher Josef SCHOVANEC,

Je suis venu vous écouter lors de votre conférence organisée par l’association « Le monde de Jules » le mercredi 20 juin 2018 à Bourgoin-Jallieu. J’avais réservé ma place aussitôt que l’information m’était parvenue, dès la fin du mois de mars et cela a été pour moi un grand plaisir de vous revoir. Une précédente rencontre remontait quelques années en arrière alors que j’avais participé à l’organisation d’une journée consacrée à l’autisme à Villefranche sur Saône. Vous y étiez notre invité principal avec également Bruno GEPNER ; le thème proposé était « Avec le temps… », une réflexion sur la question de la temporalité dans l’autisme. J’étais venu vous accueillir la veille au soir à la gare de Villefranche et je vous avais accompagné jusqu’à votre hôtel ; je garde encore le souvenir du regard quelque peu étonné de la réceptionniste lorsque vous vous êtes adressé à elle.

Votre témoignage à partir de votre vécu d’autiste est très précieux aussi bien pour les professionnels que pour les familles d’enfant autiste ou le grand public. Vous le faites toujours avec beaucoup d’intelligence, de sensibilité, d’humour, en faisant appel à votre très grande culture. La lecture de vos livres est un réel plaisir et j’ai eu récemment l’occasion de vous citer lors d’une journée des hôpitaux de jour que nous avons organisée le 9 mars dernier. En tant que chef de service de la pédopsychiatrie du centre hospitalier de Bourgoin-Jallieu, j’avais ouvert cette journée par un « Propos introductif »

Dia Josef SCHOVANEC

Il n’est pas dans mon intention d’engager une polémique, il n’y en a que trop selon moi autour de la question de l’autisme, mais, comme j’ai pu vous le dire rapidement lors de la séance de dédicace qui a suivi votre conférence, je vous ai trouvé bien sévère envers les psychiatres. Croyez bien que je ne me pose pas là en tant que grand spécialiste qui serait au-dessus de toute critique, mais vous avez donné de notre discipline une vision très partiale et quelque peu caricaturale. Je voudrais dans ces quelques lignes prendre la défense des professionnels que nous sommes, médecins psychiatres mais aussi psychologues, assistants sociaux, infirmiers, aide-soignants, éducateurs…

La vision très « asilaire » de la psychiatrie que vous avait donnée ne correspond pas à la réalité d’aujourd’hui. Sans remonter jusqu’à nos illustres prédécesseurs tels que Esquirol ou Pinel, la psychiatrie a connu une évolution très marquée au cours de la deuxième moitié du siècle dernier. Il y a eu une véritable ouverture des hôpitaux psychiatriques, anciennement dénommés asile d’aliénés, avec le développement de ce qu’il est convenu d’appeler une politique de secteur : le territoire est découpé en secteurs géographiques avec au sein de chacun des structures de soins extra-hospitalières que sont les Centres Médico-Psychologiques, les hôpitaux de jour et les CATTP (Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel). Certains secteurs ont pu développer des unités de soins plus spécifiques tels que placement familial thérapeutique, appartements thérapeutiques, voire plus récemment des services de réhabilitation psychosociale. Une grande partie de l’activité des équipes de psychiatrie se fait donc en dehors de l’hôpital et ceci est tout particulièrement vrai pour les services de pédopsychiatrie.

Vous avez également dénoncé les abus dans l’usage des médicaments psychotropes en parlant de « camisole chimique » ; ces abus existent certainement, mais il ne faut pas méconnaître le fait que ces médicaments nous sont extrêmement précieux et que, pour une part, ce sont eux qui ont permis le mouvement d’ouverture des « asiles ». Ils ne sont pas administrés pour la tranquillité des soignants ou des familles, mais ils peuvent au contraire largement contribuer à la resocialisation de nos patients. Et il convient de rappeler qu’aux côtés des médicaments sont mises en œuvre bien d’autres méthodes de soins : psychothérapie, groupes de paroles, art thérapie, remédiation cognitive…

Vous avez également récusé le terme de psychose pour les enfants, un terme qui viendrait traduire la profonde méconnaissance des pédopsychiatres sur la question de l’autisme. Pourquoi pas ? Personnellement, cela ne me gêne absolument pas. Pour autant, il convient d’avoir à l’esprit que pour importante que soit la pathologie autistique, notre pratique professionnelle concerne bien d’autres types de trouble. On peut appeler aujourd’hui Trouble bipolaire ce qu’on dénommait autrefois psychose maniaco-dépressive, mais un état maniaque reste un état maniaque. Nous avons de temps en temps dans notre unité d’hospitalisation pour adolescents des décompensations psychotiques liées à l’usage de drogues… Ces jeunes présentent des délires, des phénomènes hallucinatoires et de gros troubles du comportement… Le terme d’état psychotique aigu ne me paraît nullement abusif à leur sujet et le recours à un traitement neuroleptique ou antipsychotique se révèle alors bien utile, croyez-moi.

Les injonctions paradoxales dans lesquelles la psychiatrie se trouve prise sont pour une grande part le reflet des paradoxes de notre société : il peut nous être reproché d’attenter à la liberté de nos patients en les maintenant indûment à l’hôpital, mais si par malheur un de nos patients sorti de l’hôpital vient à commettre un crime, la responsabilité pénale du médecin va être engagée…

Lors de notre court échange, j’ai fait brièvement allusion à des soignants qui récemment ont fait un grève de la faim au Centre hospitalier de Rouvray, mouvement assez exceptionnel, vous en conviendrez, et dont les médias se sont fait l’écho. Il ne s’agissait pas alors de défendre un statut particulier ou de réclamer une augmentation de salaire, mais bien de défendre des conditions d’hospitalisation décentes pour les patients. Ces conditions se sont terriblement dégradées au cours des dernières années, mais cela n’est pas le fait des psychiatres que nous sommes : diminution du nombre de lits d’hospitalisation, réduction globale des moyens, démographie médicale en baisse… de nombreux facteurs concourent à cette situation que les professionnels sont les premiers à déplorer et à dénoncer.

La situation de la psychiatrie publique est préoccupante et il me semble qu’elle a aujourd’hui davantage besoin d’être défendue auprès des pouvoirs publics que d’être critiquée. Mais si critique il y a, ce qui est tout à fait entendable, malgré tous nos défauts, je pense que nous méritons mieux, surtout venant de votre part, que certains clichés qui sont encore véhiculés bien que sans aucun rapport avec notre réalité quotidienne.

Si vous avez l’occasion de revenir dans notre région je vous inviterai avec grand plaisir pour rencontrer nos soignants en psychiatrie et échanger avec eux.

Je vous adresse en attendant cette éventualité, cher Josef SCHOVANEC, mes plus sincères salutations.

Dr Régis FLEURY

Chef de service