Revenir aux fondamentaux

csbjJ’ai le souvenir d’un conseil de service, il y a plusieurs années de cela, au cours duquel le Dr Emmanuel SUCHET avait affirmé la nécessité de « revenir aux fondamentaux ». Il s’agit d’un ancien chef de Pôle de pédopsychiatrie aujourd’hui à la retraite avec qui j’ai eu le plaisir de travailler pendant de très nombreuses années sur le secteur de Villefranche sur Saône. Cela lui avait valu une remarque de la part d’un des éducateurs du service sur un mode humoristique et non sans quelque pertinence comme quoi quand un coach sportif use de cette formule, c’est suite à une contre-performance de son équipe : « On dit cela quand on a perdu… ».

Y a-t-il véritablement nécessité encore aujourd’hui de « revenir aux fondamentaux » ? Et si oui, est-ce du fait d’une « contre-performance » des équipes soignantes des services de pédopsychiatrie ?

Il convient sans doute de dire les choses autrement, mais il est vrai que la psychanalyse qui a constitué une référence quasi exclusive pour notre discipline pendant des décennies se voit quelque peu déconsidérée de nos jours ou tout au moins concurrencée par d’autres modèles théoriques, d’autres types d’approche…

Voici ce que j’écrivais il y a presque dix ans de cela : il s’agit d’une communication intitulée « Freud au pays des neurosciences » qui a été présentée aux journées de la SFPEADA (Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et Disciplines Associées) les 5 et 6 juin 2009 à Lille.

freud au pays des neurosciences

« Des tensions toujours plus fortes sont perceptibles dans notre discipline, entre des modèles théoriques opposés, débouchant sur des pratiques divergentes. Dans ce contexte, ma trajectoire professionnelle m’a conduit à exercer dans différents secteurs de pédopsychiatrie, lesquels ne partageaient pas les mêmes références théoriques, loin s’en faut… Dans ces querelles, l’autisme a constitué et constitue encore un champ de bataille emblématique… de nature optimiste, j’avais mis initialement cette phrase au passé, mais de violentes et récentes polémiques sur le sujet dont vous avez certainement eu quelque écho m’ont conduit à apporter une correction en redoublant le verbe au présent de l’indicatif…

J’ai donc souhaité amorcer une réflexion sur ces différentes approches, à la fois pour me situer personnellement, sans rien renier de mes expériences professionnelles, anciennes et actuelles, mais aussi en pensant aux équipes avec lesquelles je travaille au quotidien et qui semblent bien souvent en proie à un certain désarroi face à une sensible désaffection du public pour des approches psychodynamiques classiques et à l’inverse un engouement pour des techniques nouvelles issues d’approches cognitives ou neuropsychologiques, face aussi à des critiques quelques fois caricaturales… »

Cela reste d’actualité me semble-t-il… et comme quoi, j’ai de la suite dans les idées !

Enfants et numérique

Il convient à tous que les écrans ont pour nature de détériorer les relations entre l’enfant et son entourage. Cependant, ces écrans étant rentrés dans les maisons que depuis une petite dizaine d’années, nous pouvons nous poser la question de ses effets sur le cerveau des enfants.

Pour tenter d’y répondre, une émission de France Inter à écouter ou réécouter.

https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-31-octobre-2018

sevrage-ecrans

Les défis de la science

Lionel NACCACHEUne peu de publicité pour une nouvelle collection proposée par le journal Le Monde.

Les neurosciences constituent un domaine du savoir très « tendance » si l’on en croit le nombre de livres de vulgarisation sur le sujet et il ne faut sûrement pas sous-estimer dans cette profusion un effet de mode. Pour autant, les découvertes scientifiques dans cette discipline sont assez extraordinaires et elles méritent que l’on s’y intéresse. Dans la mesure où le grand public a largement accès à ces données scientifiques, il me paraît difficile, en tant que professionnel du psychisme de faire l’impasse.

J’ajouterai que la confrontation du domaine des neurosciences avec celui plus ancien de la psychanalyse peut être riche d’enseignements. De nombreux auteurs se sont penchés sur cette question.

Je vous propose ma modeste contribution sur ce sujet, une communication aux Journées SFPEADA du Lille en 2009, il y a presque dix ans de cela ! que le temps passe…

Freud au pays des neurosciences

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« Le Monde présente « Les Défis de la Science », une collection pour partir à la découverte de la science qui définira notre futur.

Ces dernières années, la science a connu une révolution sans précédent. Les progrès scientifiques n’ont cessé de repousser les limites de la connaissance. D’importantes avancées technologiques et une appréhension transdisciplinaire inédite des grands défis scientifiques ont donné une nouvelle impulsion à la recherche. Répondant à des questions fondamentales sur le fonctionnement de notre cerveau ou le décryptage de notre génome, les découvertes réalisées ont déjà des répercussions significatives sur nos vies.
Mais la grande aventure de la science est sans fin, et de nouvelles interrogations surgissent chaque jour, qui sont autant de nouvelles voies d’exploration scientifique.

La collection « Les Défis de la Science » emmène le lecteur à la découverte des avancées scientifiques les plus récentes. Accessible et passionnante, cette œuvre enrichie de graphiques et de nombreuses illustrations, est destinée à un large public.
Elle apporte un éclairage nouveau sur les découvertes passées pour mieux anticiper la science de demain.

Plongez dans les avancées scientifiques qui bouleversent notre conception de l’être humain ! »

Les défis de la science

Les secrets du cerveau dévoilés par Lionel Naccache, neurologue

Cerveau

Les secrets du cerveau dévoilés en vidéo
https://www.lemonde.fr/medecine/video/2018/08/28/les-secrets-du-cerveau-devoiles-par-lionel-naccache-neurologue_5347039_1650718.html
via Le Monde

 

Une vidéo de quelques minutes que je conseille vivement à tous ceux qui se montrent curieux des avancées des neurosciences, mais peut-être encore plus à ceux qui restent réfractaires à ce type d’approche, craignant sans doute qu’un abord neurologique vienne concurrencer le point de vue  psychologique qui est le leur.

Premier mérite de Lionel NACCACHE, celui de rendre compte simplement d’une réalité des plus complexes : point de jargon scientifique, mais un discours accessible au plus grand nombre, une qualité que j’apprécie beaucoup.

La complexité du cerveau est rapportée en premier lieu au très grand nombre de neurones et au nombre encore plus grand des connexions synaptiques entre ces neurones, ceci sans compter les autres types de cellules qui composent le cerveau et qui ont aussi un rôle à jouer que l’on découvre petit à petit. Un point qui n’est pas évoqué mais qui selon moi rajoute à la sensation de vertige que peuvent donner ces grands nombres, c’est la vitesse avec laquelle se déroulent les échanges entre neurones, des phénomènes qui se mesurent en millisecondes.

La complexité du cerveau tient également à la plasticité cérébrale, à savoir le fait que le cerveau se modifie, se reconfigure en permanence en fonction des interactions du sujet avec son environnement. Point essentiel. Un exemple cité dans l’histoire de l’humanité est particulièrement éclairant, celui du passage de la préhistoire à  l’histoire avec l’apparition de l’écriture : une évolution majeure qui se rattache non à des facteurs biologiques ou génétiques – le cerveau de l’homme préhistorique n’est pas fondamentalement différent du nôtre, mais à des facteurs culturels.

Autrement dit le poids respectif entre facteurs biologiques et facteurs culturels dans ce qui nous détermine est nettement en faveur des facteurs culturels ; les facteurs liés à notre environnement priment sur ceux liés à la génétique ; les interactions et tout particulièrement les interactions précoces jouent un rôle fondamental dans le modelage de notre cerveau, dans la constitution des réseaux neuronaux… Les facteurs affectifs et psychologiques conservent donc toute leur importance… de quoi rassurer ceux que le développement des neurosciences inquiète.

L’invention de l’écriture est présentée par Lionel NACCACHE comme la première « prothèse » conçue par l’homme pour notre  cerveau, une forme de mémoire externe. On peut mesurer aujourd’hui les changements que cette invention a permis… Et que dire de l’époque actuelle avec le développement des technologies numériques ? Quels  changements peuvent en découler ? Il est sans doute trop tôt pour y répondre.

 

Les neurosciences invitées de France Inter

Lionel NACCACHE était ce matin – 11/05/2018 – l’invité d’Ali BADDOU sur France Inter : l’invite-d’ali baddou du 11-mai-2018

Il y présentait son livre « Parlez-vous cerveau ? » co-écrit avec sa femme Karine NACCACHE. Il y évoquait brièvement un élément qui paraît assez fondamental pour comprendre le fonctionnement du cerveau, sa capacité à anticiper.

Parlez-vous-cerveau

« Le cerveau comme on ne vous l’a jamais raconté ! Mémoire, émotions, conscience, langage… les sciences du cerveau ont la particularité d’éclairer un domaine qui nous parle, mais dans une langue que nous ne parlons pas ! Une langue étrangère truffée de mots abscons : glie, synapse, récepteur membranaire, hippocampe, mémoire épisodique, cortex… autant de termes qui se dressent comme un mur entre notre cerveau et nous. Avec Parlez-vous cerveau ?, faites enfin tomber ce mur en vivant une expérience qui tient autant de la leçon de choses cérébrales que des aventures extraordinaires de Monsieur (ou Madame) Cerveau. Une expérience inédite et jubilatoire pour un bilinguisme non moins inédit : Parlez-vous cerveau ? ou comment devenir bilingue français-cerveau ! Ce livre est né d’une série estivale* qui a réuni des millions d’auditeurs sur France Inter. De la radio au livre, le plaisir originel est intact, et l’écriture enrichie fait résonner ces mots du cerveau dans une comédie humaine dont chacun d’entre nous est le personnage principal. »

*Podcast de la série estivale « Parlez-vous cerveau ? »

 

 

 

Les neurosciences expliquées aux enfants (et aux plus grands… )

Vice-versa

Les critiques sont unanimement bonnes à propos de ce nouveau film de Pixar.

Pour n’en citer qu’une, celle de Cécile Mury dans Télérama : « Sous ses allures de divertissement allègre et limpide, sous la brillante texture bonbon des images, se révèle un vrai grand film ambitieux, émouvant et perspicace, sur la construction de l’identité ».

Pas moins !

Il est également loisible de se référer à la chronique du 24/06/2015 de Caroline Eliacheff sur France-Culture : « En 2015, au moment de la sortie, personne n’a insisté sur cet aspect jugé peu commercial mais à distance, une fois le succès planétaire assuré, ce film a été considéré comme la première représentation animée du psychisme humain, vu beaucoup à travers les neurosciences et encore un peu à travers la psychanalyse, le tout, à destination du grand public ».

On y retrouve en effet bien des notions développées par les neuroscientifiques au cours de ces dernières années avec en particulier une figuration de la plasticité cérébrale. Le rôle primordial des émotions et de la mémoire, l’importance des premières interactions dans la constitution du psychisme y sont bien soulignés… Il y est même fait référence à la notion freudienne un peu plus datée de subconscient.

Comme quoi, neurosciences et psychanalyse peuvent parfois cohabiter en bonne intelligence… Je vous renvoie sur ce thème à quelques écrits personnels (déjà un peu datés eux-aussi)

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Ci-dessus la copie d’un billet rédigé en juin 2015, au moment de la sortie de ce film d’animation.

« Vice-versa » sera projeté au cinéma Kinépolis de Bourgoin-Jallieu le 07/03/2018 à 16h45, en ouverture de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale qui a pour thème cette année « Santé mentale, parentalité et enfance ».

La projection sera suivie d’un débat avec la salle.

Petits et grands, nous espérons que vous serez nombreux à venir partager ce moment.