Autisme et politique : Sophie Cluzel regrette-t-elle vraiment d’avoir insulté les psychiatres ? — Journalisme et Santé Publique

Bonjour ? Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Le 1er avril, sur les ondes de RMC elle déclenchait une violente polémique en succombant avec délice à l’invite « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin. C’était le début d’une affaire sans précédent connu, affaire qui est loin d’être terminée. Dix jours plus tard, […]

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Une histoire sans fin, vous disais-je…

 

La nuit, j’écrirai des soleils

C’est le dernier ouvrage de Boris CYRULNIK présenté dans l’émission La Grande librairie.

Vous pouvez aussi le retrouver sur France Inter

« À quoi sert la littérature ? L’écriture était-elle un remède à la perte et à la souffrance ? » Le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik publie “La nuit, j’écrirai des soleils” (Odile Jacob) ; il était l’invité de France Inter le 12 avril 2019.

L’auteur fait une fois encore la preuve de son talent de vulgarisateur en alliant littérature, histoire personnelle, expérience clinique, neurosciences et psychanalyse.

Une forte incitation en tout cas à s’appuyer sur l’écriture et son corollaire la lecture dans les propositions faites à nos jeunes patients pour les aider à surmonter les épreuves qu’ils traversent.

Histoire sans fin…

Sophie Cluzel« Quand c’est fini,
N-I, ni, ni,
ça recommence » (Léo Ferré)

Il se trouvera toujours quelqu’un d’un bord ou de l’autre pour relancer les polémiques autour de l’autisme. Jusqu’à quand ? Les paris sont ouverts

Il s’agit cette fois de la secrétaire d’État aux personnes handicapées, Mme Sophie CLUZEL… pas moins.

Vous pouvez consulter la presse sur le sujet et en particulier un Article de Libération en date du 03/04/2019 qui en fait état :

« Interrogée par Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, lundi, veille de la «journée mondiale de l’autisme», la secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées, Sophie Cluzel, a eu ces mots qui se voulaient explicatifs sur la stratégie du gouvernement: «Avec notre plan, il s’agit de ne plus placer des enfants autistes devant des psychiatres.» Et encore: «Face à un spectre de l’autisme très large, il faut que l’on arrête de parler de psychiatrie.» Mettre «l’accent sur la détection et la prise en charge précoce des enfants autistes» et en finir avec «des prises en charge inadéquates dans des hôpitaux psychiatriques où ils n’ont rien à faire»

Oui, vous avez bien lu… Il faut en finir avec la psychiatrie, et son corollaire : plus aucun enfant diagnostiqué autiste ne doit passer devant un psychiatre. Propos ahurissants et inquiétants à plus d’un égard. D’abord à quel titre un responsable politique s’immisce dans le choix d’une stratégie thérapeutique ? Ensuite, pouvoir affirmer cela sans provoquer de tollés montre à quel point dans la guerre qui a lieu depuis dix ans sur l’autisme, la psychiatrie a perdu les batailles. Des défaites successives depuis ce jour de 2005 où la Haute Autorité de santé a publié des recommandations pointant la non-pertinence des approches psychothérapeutiques.

Certes un rééquilibrage était pour le moins nécessaire. Depuis une bonne trentaine d’années, la pédopsychiatrie avait montré des failles évidentes dans la prise en charge de ces enfants et encore plus dans le rapport avec les parents, laissant ces derniers dans une solitude et un désarroi profond. Reste qu’aujourd’hui seules les approches pluridisciplinaires permettent de soulager un peu, enfants comme parents. Sans remettre en cause la nécessité d’une approche plus inclusive de l’enfant dans la société, en particulier à l’école ».

Des déclarations qui laissent sans voix affirme le journaliste même si la pédopsychiatrie peut faire l’objet de critiques comme on peut le lire ci-dessus.

Quelques réactions malgré tout relayées par la presse à partir d’une dépêche AFP :

« Onze syndicats et sociétés savantes de psychiatres ont dénoncé ce vendredi 5 avril les propos “irresponsables” et “indignes” de la secrétaire d’État aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, qui a demandé en début de semaine “qu’on arrête de parler de psychiatrie” pour la prise en charge de l’autisme.

“Sophie Cluzel doit immédiatement retirer ses déclarations indignes”, a exigé dans un communiqué le Conseil national professionnel de psychiatrie (CNPP), qui regroupe ces 11 organisations et “condamne à l’unanimité et avec la plus grande fermeté les propos irresponsables et scandaleux de la secrétaire d’État” ».

Logo SPHVous pouvez lire aussi la réaction du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux, un courrier du 05/04/2019  adressé au Président de la République et à la Ministre des Solidarités et de la Santé

 

A quand le prochain épisode ? On ne s’en lasse pas !

 

 

Faits divers

Urgences enfants

Toulouse, ville rose chantée par Nougaro, ville dans laquelle j’ai grandi et où j’ai fait mes études de médecine… souvenirs, souvenirs !

Je reprends le contenu d’un article paru ce jour dans la Dépêche du midi qui fait un peu froid dans le dos : adolescence, Internet, jeux vidéos, deux jeunes frères autistes… Les ingrédients ordinaires d’un drame familial dont heureusement l’issue n’a pas été fatale.

« Les parents de l’adolescente de 12 ans qui s’est grièvement blessée en se jetant du cinquième étage de leur appartement, à Toulouse, ont expliqué qu’elle avait voulu se punir. Elle avait acheté des jeux en catimini sur internet.

Dans sa chambre d’hôpital, Manuela (1), reprend goût à la vie. Ses parents et l’équipe médicale veillent à chaque instant sur ce corps abîmé que le bitume a bien failli engloutir à jamais. Manuela, 12 ans, est une miraculée. Le bassin en compote, les jambes inertes, la voilà percluse de douleurs et de traumatismes après un geste de désespoir. Un saut dans le vide du cinquième étage du modeste appartement familial.

Vingt mètres plus bas, son corps d’adolescente s’est sèchement écrasé, ce lundi 18 mars, vers 17 h 30, sur le parking de la résidence, quartier Saint-Cyprien, à Toulouse. « Ma femme a vu la fenêtre ouverte, elle s’est penchée et a vu le corps de Manuela étendu en bas. Elle a poussé un cri d’horreur », raconte Karim, le père de l’adolescente, un artisan boulanger qui ne compte plus les nuits sans sommeil. Des nuits à comprendre.

Que se passe-t-il dans la tête d’une enfant de 12 ans qui décide de se défenestrer ? Les raisons sont sans doute multiples. Aussi dérisoires qu’insoutenables. Un mélange de trop-plein et de vide sidéral. Mais dans le cas de Manuela, l’élément déclencheur fait froid dans le dos. « Juste avant de sauter, elle a laissé un mot sur la table de la cuisine, poursuit Karim. Elle demandait pardon, je ne gaspillerai plus l’argent, maman je t’aime, je vous aime… »

Quelques jours auparavant, Manuela demande à son père la permission d’acheter un jeu à 9 € sur son ordinateur. Elle joue à « Movie Star Planet », ce jeu en ligne pour « devenir une véritable star ». Un jeu qui vend aussi du rêve, de la mode, des mannequins glacés au sourire écarlate transpirant le bonheur, la beauté, la vie. Manuela se pique au jeu. Son père lui fait confiance. Avec sa carte bancaire, elle fait un premier achat à 9 € en rentrant les codes sur l’ordinateur, puis un second et ainsi de suite pendant plusieurs jours.

« Je devais payer ma location d’un box de parking et j’ai voulu retirer de l’argent à un distributeur. Mais mon retrait a été refusé. Je ne comprenais pas, poursuit Karim. Sur le relevé bancaire que j’ai édité, j’ai constaté des achats pour des jeux. Il y en avait pour 400 € ! ». Le père de Manuela lui demande des comptes. « Elle était très gênée et moi bien embêté. Elle ne voulait pas que sa mère le sache et je lui ai parlé de punition ».

Le lendemain, Manuela décide de se jeter dans le vide. Comme pour se débarrasser d’une trop lourde culpabilité. Et s’infliger ainsi son propre châtiment. Juste avant, elle venait d’ouvrir la porte de l’interphone à sa mère. Sur son lit d’hôpital, les premiers mots de Manuela sont pour son père, « et l’argent papa, c’est bon ?… » Elle a embrassé son père, regrettant son geste. Ses parents estiment qu’elle a été piégée par l’attrait du jeu, « comme peuvent l’être d’autres enfants ».

Elle devrait prochainement rejoindre un centre de rééducation. Sensible au bien-être de ses parents, Manuela avait écrit une lettre au Président de la République pour qu’il puisse aider sa famille et ses deux jeunes frères autistes. Dans l’espoir d’une vie meilleure ».

Toute notre sympathie va à cette famille durement éprouvée

 

VDM

VDM-1VDM, si j’emprunte ce sigle à un site Internet bien connu, je dois prévenir le lecteur que la séquence que je vais évoquer n’a rien de drôle et qu’elle a même jeté un certain trouble dans mon esprit qui a persisté dans la soirée. Vie de merde (VDM) est ici à entendre au sens propre, si l’on veut bien me passer un rapprochement de termes un peu hasardeux.

Hier soir, en rentrant du travail, alors que je marchais dans une rue de Lyon pas loin de la gare Jean Macé, deux jeunes qui faisaient la manche à côté d’un petit supermarché m’interpellent : “Dr FLEURY, Dr FLEURY…” 

“ On vous a reconnu… Vous avez vieilli… Vous avez des cheveux gris… (Belle entrée en matière !… c’est même pas vrai…)

Le physique du plus âgé, 19 ans, me rappelle quelque chose… mais pas vraiment le second, 17 ans, qui il est vrai a lui aussi bien changé depuis notre dernière rencontre qui remonte à des années en arrière. Tous deux sont frères et sont de mes anciens patients, alors que je travaillais à Villefranche sur Saône. Ils étaient trois frères ;  l’aîné de la fratrie que je connaissais aussi s’est suicidé quand il était adolescent, alors qu’il était placé en foyer.

J’engage avec ces deux jeunes la conversation, leur nom et leur histoire me reviennent assez vite à la mémoire.

Le plus jeune se souvient que nous jouions aux Playmobils quand il venait me voir. Il est en surcharge pondérale ; les traitements qu’il a reçus et qu’il prend peut-être encore y sont sûrement pour quelque chose. Je l’avais vu quand il était un tout jeune enfant, mais c’est surtout son frère dont j’avais eu à m’occuper quand il était adolescent. C’est lui qui monopolise la parole. Son discours part un peu dans tous les sens… Je le reconnais bien là !

Il est sur un fauteuil roulant et m’explique que suite à un traumatisme du genou, il est condamné au fauteuil pour la vie (je pense qu’il exagère un peu son handicap, peut-être pour espérer en retirer plus de générosité de la part des passants). Il vit avec son frère à la rue depuis plusieurs jours : ils dormaient sous le pont qui mène à la gare de Perrache ; aujourd’hui, grâce à un éducateur qui suit la famille depuis des années, ils ont pu obtenir un hébergement provisoire dans un hôtel. Il évoque encore des déboires avec la justice, le fait qu’il n’a pas respecté ce qui était fixé pour son contrôle judiciaire et qu’il pourrait passer 20 ans en prison (il exagère sans doute encore) ou avoir comme alternative d’aller en hôpital psychiatrique. Il parle de sa mère avec qui les relations ont toujours été très tendues et qu’il met une nouvelle fois en cause. Il est suivi par un collègue psychiatre, mais ce suivi est irrégulier et il affirme ne plus prendre de traitement depuis trois semaines.

Les trois frères ont eu des parcours de vie très compliqués marqués par des mesures de placement, des suivis éducatifs, des prises en charge pédopsychiatriques… Le second de la fratrie, celui qui a dix-neuf ans aujourd’hui, a tout fait : placements en famille d’accueil, placement en foyer, restitution dans la famille chez la mère, faute de possibilité de le maintenir en institution du fait de passages à l’acte répétés… Il a été orienté en établissement spécialisé de type ITEP (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique) puis déscolarisé… Il a eu affaire aux services sociaux, au juge des enfants , au titre de la protection de l’enfance, mais aussi du fait de sa mise en cause dans des affaires pénales. Il a bénéficié de suivis en Centre médico-psychologique ; on ne compte pas ses passages aux services des urgences suite à des crises d’agitation, ses hospitalisations en pédiatrie ou dans des services spécialisés pour adolescents. Ceci sans parler de toutes les réunions de concertation, de synthèse entre les différents partenaires impliqués dans sa prise en charge.

Tout ça pour en arriver là : deux jeunes entrant à l’âge adulte qui se retrouvent à la rue avec peut-être pour seul horizon la prison ou l’hôpital psychiatrique. Au risque de me montrer cynique en considérant ce drame humain sous un angle financier, je n’ose même pas imaginer le coût pour la société que peut représenter l’ensemble des prises en charge mises bout à bout dont ces jeunes ont “bénéficié”, terme mis entre guillemets au vu des résultats obtenus. « Peut mieux faire » : que ce soit dans le domaine de la protection de l’enfance ou dans celui de la pédopsychiatrie, nous avons sans doute encore des progrès à accomplir.

A lire sur ce sujet : Protection de l’enfance – Urgence

 

Evaluation des pratiques intégratives

ffp“Évaluation clinique des pratiques intégratives en unités de soins infanto-juvéniles pour des enfants présentant un autisme typique ou atypique”
Lundi 13 mai 2019 à 9 h 00 à 17 h 00
Ministère de la Santé et des Solidarités – Salle LAROQUE
14 avenue Duquesne – 75007 PARIS
Journée ouverte à tous les professionnels de pédopsychiatrie et à leurs partenaires
« Cette journée sera l’occasion de présenter les résultats de la recherche intitulée “Evaluation des pratiques intégratives en unité de soins infanto-juvéniles pour des enfants présentant un autisme typique ou atypique” AUTISME – PREPS 2013 (Programme de Recherche sur la Performance des Soins). Elle tentera d’apporter une contribution aux questions de leur validité et de leur efficacité.
Cette recherche a pour cadre les unités de psychiatrie infanto-juvénile qui ont mis au point des “dispositifs intégratifs” tenant compte des avancées récentes des connaissances et offrant soins, éducation et approche pédagogique. Les pratiques intégratives se caractérisent par des références théoriques ouvertes et complémentaires et par la combinaison d’interventions adaptées ».

Le grand débat

« Le grand débatlegranddebatsante.fr offrira pendant tout le mois de mars la possibilité à chacun de venir voter sur des propositions, d’argumenter ses réponses, et de déposer de nouvelles propositions qui sont immédiatement mises au vote des participants. L’Hôpital fait partie des premières préoccupations des Français dans tous les sondages où il est cité.

Chaque citoyen peut s’exprimer sur 4 grands thèmes – l’offre de soins, l’attractivité pour les personnels, le financement, et les spécialités exposées – mais également déposer des contributions sur n’importe quel thème de santé, grâce à une Boîte à Idées ».

Encore une occasion à saisir pour s’exprimer sur les sujets qui nous concernent au plus au point.