La psychiatrie, encore et encore…

Agnès BUZYN12/02/2019 : Agnès Buzyn était l’invitée de France Inter ce matin, à l’occasion de la présentation du Plan santé qui doit être faite demain en Conseil des ministres.

Interpellée par une infirmière sur la situation de la psychiatrie, elle répond :

 

Je crains de m’exposer une fois de plus à la critique de me faire le porte-parole de notre ministre, mais ce qu’elle nous dit mérite que l’on y prête attention… Ceci étant, la prise de parole de l’infirmière est tout aussi digne d’intérêt, car malheureusement, la situation de la psychiatrie qu’elle décrit correspond bien à la réalité.

«Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner» — Journalisme et Santé Publique

Bonjour L’essentiel du cadre de la tragédie de l’incendie de Paris (10 morts, 33 blessés) est connu. Reste à compléter les cases, à remonter les fils, à tenter de comprendre les failles, les fautes, tout ce qui aurait permis de réduire les risques. Les médias généralistes s’y emploient. Et, chose remarquable, avec une pédagogie qui […]

confiance-mediasvia «Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner» — Journalisme et Santé Publique

« Où l’on saisit, une nouvelle fois, que le politique est presque toujours consubstantiel au psychiatrique – et très souvent au tragique ».

Le nerf de la guerre

indexLa réforme du financement des hôpitaux est à l’ordre du jour. Pour rappel les hôpitaux MCO (médecine – chirurgie – obstétrique) sont financés à l’activité (T2A) tandis que les hôpitaux psychiatriques  sont financés par une dotation globale. Les deux systèmes présentent des inconvénients qu’il apparaît nécessaire de corriger.

Le risque de la T2A est de conduire à une surconsommation d’actes médicaux dans la mesure où plus d’actes = plus de financement pour l’établissement hospitalier, ce qui n’est guère favorable à l’équilibre des comptes de la sécurité sociale.

Le risque de la dotation globale pour la psychiatrie est d’une part de pérenniser des inégalités territoriales et d’autre part de décourager les innovations, de constituer un obstacle à un certain dynamisme.

Voici de larges extraits d’une présentation par le ministère des projets de réforme de financement pour ce qui concerne la psychiatrie : « Ainsi, la psychiatrie bénéficiera d’un mode de financement combiné qui associera plusieurs modalités principales ».

« UN COMPARTIMENT POPULATIONNEL

Les régions recevront un financement fondé sur leur population. Deux autres critères seront également pris en compte : la précarité, dont on connait le lien avec les affections psychiatriques, et la part des mineurs car la prise en charge des enfants mobilise des moyens plus importants. Ce financement régional sera redistribué aux établissements par les agences régionales de santé, selon des critères transparents et qui seront discutés avec les acteurs ».

Sans doute ce volet est-il destiné à réduire les inégalités territoriales. « Réduire les inégalités entre les régions pour améliorer l’accès aux soins et réduire les délais d’attente des patients » est en effet un des objectifs affichés dans ce document.

Retenons la prise en compte des mineurs avec la reconnaissance du fait que leur prise en charge requiert des moyens plus importants. La ministre a déjà à plusieurs reprises souligné l’attention particulière qu’elle accorde à la pédopsychiatrie.

« UN COMPARTIMENT POUR LE DÉVELOPPEMENT D’ACTIVITÉS NOUVELLES

Les régions auront la possibilité, chaque année, de proposer le développement de nouvelles activités en lien avec les plans régionaux de santé et les orientations des instances nationales ».

Un souci bienvenu de redynamisation de notre secteur d’activité. Soulignons le lien nécessaire avec « les orientations des instances nationales« .

« UN COMPARTIMENT À LA QUALITÉ

Ce financement sera directement alloué aux établissements sur la base d’indicateurs élaborés avec les professionnels. De premiers indicateurs seront recueillis en 2020, sans toutefois donner lieu à rémunération ».

En lien avec la remarque ci-dessus, il est facile d’imaginer ce que recouvre pour le ministère le terme de « qualité » et ce à quoi pourraient ressembler des « indicateurs » ; en clair, il serait très certainement préjudiciable de s’obstiner à faire abstraction des recommandations venues de la Haute Autorité à la Santé… et que je sache, pouvoir les intégrer dans notre pratique ne revient pas à livrer notre âme au diable.

« UN COMPARTIMENT POUR FAVORISER LA RÉACTIVITÉ

Comme la précédente, cette modalité sera versée directement aux établissements au regard de leur capacité à prendre en charge des patients. Une distinction sera opérée suivant la lourdeur des soins nécessaires afin de garantir la prise en charge de l’ensemble des patients, y compris les plus lourds ».

Réactivité, le mot clé… Bien sûr, il en va de l’intérêt de nos patients, avant tout, mais cela pourrait également devenir celui des professionnels au travers du financement des services de psychiatrie. Pourquoi pas ? Un sacré défi à relever en tout cas…

 

Reportage sur la psychiatrie en France

Revue de presseArticle écrit par Marine Tesse dans le sillage de la journée du mardi 22/01/2019 organisée par le collectif hôpital Pinel en lutte. Vous y trouverez de nombreux témoignages et différents liens qui font état du malaise actuel dans notre discipline.

J’en reprends un en particulier qui renvoie au discours d’Agnès BUZYN au Congrès de l’Encéphale, lequel se veut une réponse à l’insatisfaction et à la colère qui remontent des territoires, aussi bien de la part des professionnels que des usagers et familles d’usagers.

Je vous en cite un extrait dont le contenu recoupe très largement me semble-t-il les préoccupations qui sont les nôtres sur le terrain :

« Avec son organisation en secteurs, la psychiatrie française a été précurseur de la territorialisation des soins et de la responsabilité populationnelle.

Elle doit aujourd’hui mettre en place une politique ambitieuse de prévention, lutter contre la stigmatisation et garantir des parcours de soins coordonnés et soutenus par une offre accessible, diversifiée et de qualité.

Je souhaite donc lancer, dès cette année, une mission sur les Centres Médico-Psychologiques pour valoriser et conforter leur place. Les formes de cette mission seront arrêtées très prochainement. Je souhaite également soutenir l’ensemble des démarches qui seront de nature à consolider le rôle du médecin généraliste, des professionnels de santé de proximité et leur collaboration avec l’hôpital.

Ces travaux devront aussi permettre, avec les contributions attendues en 2019 sur les parcours des patients, enfants et adultes, de renforcer et de rénover la place de l’ambulatoire dans ces parcours.

Ce n’est qu’à ces conditions que nous pourrons aborder la question des délais d’accès aux professionnels des secteurs de la psychiatrie, non pas parce que nous serions condamnés à accepter le poids excessif des indicateurs, mais parce que la qualité d’une organisation peut être éclairée par l’évolution dans le temps de cet indicateur ».

Nouvelles déclarations de la ministre de la santé concernant la psychiatrie

confiance-medias

Un article du Monde du 24/01/2019 :

« Psychiatrie : Agnès Buzyn promet 40 millions d’euros pour financer son plan »

« Quarante millions d’euros seront mobilisés cette année pour financer les mesures dévoilées en juin par le gouvernement pour la psychiatrie et la santé mentale, a annoncé, jeudi 24 janvier, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, aux professionnels du secteur réunis à Paris »

La pédopsychiatrie est nommément citée… On croise les doigts !

« La ministre a par ailleurs annoncé « le renforcement de la filière de pédopsychiatrie par la création de dix nouveaux postes de chefs de clinique », l’augmentation du nombre de « lits et de places (…) en priorité dans les départements où elles s’avèrent faibles ou inexistantes », et la nomination de six praticiens hospitalo-universitaires titulaires, portant le nombre d’universitaires à 47 en 2019 ».

« Mme Buzyn a en outre promis de nommer un « délégué ministériel à la psychiatrie et la santé mentale » et de lancer une « mission sur l’évolution des centres médico-psychologiques (CMP) » pour favoriser la coopération entre l’hôpital et les professionnels de santé de proximité, comme les médecins généralistes ».

Une mission sur l’évolution des centres médico-psychologiques… Vous avez bien lu !

Que dira Agnès Buzyn aux médecins dénonçant les malades mentaux laissés sans soins ? — Journalisme et Santé Publique

Revue de presseBonjour Les temps changent. Après Libération voici que Le Parisien se porte lui aussi au chevet de la psychiatrie, grande malade depuis longtemps oubliée sur un brancard dans l’immense salle des urgence nationale 1. Cela donne « Des psychiatres s’alarment : pourquoi tant de ‘’fous’’ dans nos rues ? » (Elsa Mari). Où l’on apprend qu’une centaine […]

via Que dira Agnès Buzyn aux médecins dénonçant les malades mentaux laissés sans soins ? — Journalisme et Santé Publique

Conseil de lecture

17041304-une-pile-de-livres-colorés-avec-le-livre-ouvert-sur-le-dessus
Alors que vient de paraître le dernier roman de Michel HOUELLEBECQ, « Sérotonine », il pourra paraître incongru de vous recommander la lecture d’un rapport de l’IGAS datant de novembre 2017 et intitulé «  Organisation et fonctionnement du dispositif de soins psychiatriques, 60 ans après la circulaire du 15 mars 1960 », sans doute d’une qualité littéraire moindre, mais néanmoins très instructif pour qui s’intéresse à l’organisation et au fonctionnement des services de psychiatrie. (que cela ne vous empêche pas toutefois de lire « Sérotonine »).
Je vous en livre quelques extraits – du rapport, pas du roman !

« Le dispositif de soins psychiatriques est loin d’être statique, il fait preuve d’une remarquable capacité à innover et à se redéfinir mais pourrait aussi se replier sur des prises en charge plus traditionnelles dans un contexte de découragement des professionnels et de rationalisation budgétaire. Ces constats ne doivent pas cependant masquer les problèmes d’organisation et de fonctionnement du dispositif existants ».

« Les délais d’attente pour obtenir une prise en charge en pédopsychiatrie restent inacceptables. La diversification toujours plus grande des types de soins et des modes de prise en charge, leurs références territoriales variables, la multiplicité des partenariats à organiser, forment une représentation complexe du dispositif de soins et, au total, rendent son pilotage difficile ».

« Il serait tout aussi inexact de considérer que le dispositif de soins psychiatriques serait en proie à un certain désordre expliqué par des querelles d’écoles portant sur la conception de la maladie mentale et de sa prise en charge. Les divergences scientifiques ont toujours existé en psychiatrie. Elles sont nécessaires au progrès des connaissances et des pratiques. Elles cohabitent bien, parfois au sein d’un même service, et le dispositif de soins sait souvent utiliser ces approches différentes de la maladie dans l’intérêt des patients ».

Vous pouvez consulter pour davantage de développements le site de l’IGAS, le résumé du rapport, le rapport et ses annexes