Lettre ouverte aux soignants du service de pédopsychiatrie – 15/12/2018

lettre ouverteDans ma précédente lettre ouverte datant du mois de juin 2018, je défendais l’idée d’une nécessaire mutation dans le domaine de la pédopsychiatrie qui est le nôtre, du fait de l’évolution très marquée au cours des dernières décennies du contexte dans lequel nous vivons et nous travaillons. Certains d’entre vous ont répondu par écrit à cette lettre ouverte et je tiens à les en remercier, tout ce qui est de nature à susciter débat constituant pour moi un élément très positif. Des désaccords s’exprimaient par rapport à la position que je défendais. J’ai fait la proposition d’une diffusion plus large de cette réponse qui m’était adressée, mais cela n’a pas été accepté, même sous couvert d’anonymat.

Cependant, je n’ai pas été vraiment convaincu par les arguments qui m’étaient opposés ; je reste sur la position que j’avais soutenue et ce d’autant qu’un récent article publié dans la revue « Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence » vient apporter de l’eau à mon moulin, ne serait-ce qu’à considérer son titre : « Projet pour le CMP de demain. L’évolution nécessaire des CMP pour la psychiatrie de demain de l’enfant et de l’adolescent ». Il est toujours réconfortant de constater que nos idées peuvent être partagées par certains, surtout lorsque ceux-ci ont une certaine autorité en la matière.

« Ce texte émane du conseil d’administration et du conseil scientifique de la SFPEADA » est-il précisé dès la première phrase du résumé de l’article. La Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et des Disciplines Associées est une société scientifique sérieuse et ses membres sont tout à fait respectables. Même si on ne partage pas leur point de vue, on aurait tort de les considérer comme de dangereux illuminés… Il suffit de citer Daniel MARCELLI qui en est le Président ou Nicole CATHELINE, Présidente du conseil scientifique, qui cosignent cet article.

Je vous invite à vous référer à cet article dans son intégralité afin d’en saisir l’esprit, mais je vous en livre quelques extraits, à l’appui de ce que j’ai pu écrire précédemment.

Sur l’évolution constatée du terrain sur lequel s’inscrit notre pratique et la nécessité qui en découle d’un ajustement des réponses à apporter dans le domaine de la santé mentale

« Cependant, il est incontestable que la situation des personnes, adultes comme enfants, souffrant de pathologies mentales a beaucoup évolué tout comme les questions liées à la santé mentale en général : les besoins ne sont plus exactement les mêmes, tout comme les demandes et aussi les expressions pathologiques les plus fréquemment rencontrées. Par ailleurs, si certains intersecteurs fonctionnent de manière remarquable ayant su s’adapter et répondre aux demandes nouvelles, il en est d’autres dont le fonctionnement est tout sauf satisfaisant, souvent figé dans des modèles de moins en moins adaptés.

Force est de constater qu’après avoir honnêtement remplie cette mission pendant plus de 30 ans, il est raisonnable désormais de revoir cette porte d’entrée vers les soins psychiques ».

Sur la nécessité de revisiter nos modèles en élargissant ce qui fait référence dans notre pratique à des corpus de connaissance différents de la psychanalyse

« L’enjeu consiste à articuler au mieux les connaissances issues du passé, plus précisément tout ce qui concerne le corpus des connaissances en psychologie et psychopathologie avec les connaissances neurocognitives et neuro-développementales contemporaines. Les unes ne doivent jamais conduire à récuser les autres et l’intelligence consiste à les articuler au mieux ! L’ensemble des professionnels doivent donc s’engager dans des formations actualisant leurs connaissances tant sur les aspects théoriques que sur les pratiques nouvelles de soins : pédopsychiatres, mais aussi psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, travailleurs sociaux, éducateurs, etc. Il serait souhaitable de proposer aussi des « formations transversales » permettant à ces divers professionnels de renforcer un socle de connaissances commun ».

Sur l’inaccessibilité aux soins qui est rapportée davantage au délai d’attente qu’à l’éloignement géographique

« En effet, le reproche majeur qui est fait à ces structures d’entrée (CMP) est leur « inaccessibilité », essentiellement du fait des délais d’attente, certains pouvant aller jusqu’à deux ans (qu’il s’agisse du premier RV ou de la mise en place de suivis), ce qui n’est pas acceptable pour des situations qui peuvent avoir un impact fort sur le développement psychique ultérieur des enfants et adolescents. Il s’agit donc de réguler l’accès à ce dispositif qui doit indiscutablement demeurer le centre névralgique de la politique de santé sectorisée ».

Sur une ébauche de redéfinition des missions de la pédopsychiatrie incluant une approche éducative (et pas uniquement psychothérapique)

« Il faut enfin souligner que l’approche éducative fait partie des missions de la pédopsychiatrie. Pouvoir accompagner des familles démunies quant à certains comportements de leurs enfants constitue ce qui s’appelait autrefois de la guidance familiale. Dans bien des situations cette approche, à condition qu’elle soit relayée par d’autres professionnels (école, médecin libéral, école des parents et des éducateurs, etc.) suffit à dénouer les conflits sans embouteiller inutilement les services de soin ».

Sur la nécessaire diversification des modalités de prise en charge des patients

« L’hétérogénéité actuelle des CMP devrait être limitée en harmonisant le plus possible les soins. Afin de mieux répondre aux situations très diverses qu’ils reçoivent, aux attentes des familles et réduire les listes d’attente pour la mise en place des soins, un CMP devrait disposer de différents types d’approche.

Le développement de nouvelles techniques de soins doit être au maximum prise en compte dans ces nouveaux CMP. Il n’est plus envisageable désormais de ne disposer que d’une seule approche thérapeutique. Il pourrait ainsi y avoir plusieurs types de réponses susceptibles d’être apportées par les CMP en fonction des besoins des patients. Des thérapies individuelles ou de groupe, des thérapies brèves ou plus longues, cognitivo-comportementalistes ou d’orientation psychodynamique selon les besoins,

Si les soins en individuels demeurent indispensables, les groupes thérapeutiques doivent être développés, avec ou sans médiation et sans présumer des approches théoriques ».

Je ne vais pas plus loin dans les citations. Il convient de se reporter à l’article dans son entier pour saisir l’architecture à différents niveaux qui y est proposée afin de répondre de manière optimale aux besoins de nos jeunes patients et de leur famille.

Je vous souhaite à tous de bonnes fêtes de fin d’année, dans un climat social que l’on voudrait le plus serein possible.

Bien cordialement

C’est pour de rire

Urgence choisie

Un grand merci à la jeune troupe de l’Atelier théâtre du collège Clemenceau (Lyon 7e), à Mme BOCCON GIBOD Amandine, enseignante et Mme TARDY Audrey, comédienne, pour le moment très agréable que nous avons pu partager ensemble lors de la représentation de la pièce  « Urgence choisie » donnée le 14 décembre au Centre hospitalier Pierre Oudot de Bourgoin Jallieu.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à cette représentation, nous pouvons en résumer l’histoire. Du fait de la saturation des services des urgences, une nouvelle réforme a été mise en place : l’accès au soin se fait par tirage au sort, en fonction du dernier chiffre du numéro de la sécurité sociale « Aujourd’hui, seuls les patients dont le numéro de sécurité sociale se termine par un 7 pourront voir le docteur ». Un chœur de secrétaires emperruquées en orange est là pour rappeler les règles établies, y compris auprès du médecin qui voudrait parfois y déroger, en tenant compte  de la gravité des troubles que présentent les patients. On voit sur la photo ce médecin au bord du burn-out en train d’être réconfortée.

Arriva ce qui devait arriver, un patient récalcitrant se rebelle et en vient à poignarder une des secrétaires (le PC sécurité n’a visiblement pas eu le temps d’intervenir). Manque de chance pour cette secrétaire, son numéro de sécurité sociale se termine par 9… On devine la suite.

Saturation des services de soins hospitaliers et tout particulièrement des urgences, épuisement des soignants, mécontentement des patients pouvant parfois s’exprimer par des comportements violents, organisation bureaucratique et déshumanisation de l’hôpital… la critique est sévère, mais elle est malheureusement le reflet d’une certaine réalité.

Comme j’ai pu le mentionner dans un court propos à l’issue (tragique) de cette pièce, sans en arriver à cette extrémité d’un tirage au sort dans le cadre de nos CMP (Centre médico-psychologique), lesquels sont  quelque peu saturés de demandes, nous sommes nous aussi amenés à faire des choix, à déterminer des priorités avec la part de subjectivité que cela comporte et avec certainement des frustrations que cela peut générer auprès des familles qui se trouvent reléguées dans les derniers rangs de notre liste d’attente…

Je soulignais pour finir les vertus du rire, un excellent vecteur pour faire valoir ses idées, ses critiques… En ces temps de très grandes tensions au plan social il est vivement conseillé d’en faire un usage le plus large possible.

Je vous recommande sur ce thème Le billet de François MOREL du 14/12/2018 : il y préconise l’usage des gaz hilarants pour la répression des manifestations à la place des gaz lacrymogènes. Du rire aux larmes ou des larmes au rire, à vous de choisir.

Protection de l’enfance: urgence!

Logo SPH

dans le prolongement de la Tribune des Juges des enfants du Tribunal de Bobigny

Communiqué 8 décembre 2018 – Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux

Le SPH et sa société scientifique la SIP appellent à des mesures d’urgence pour la protection de l’enfance. Ils s’associent au cri d’alarme que les services de protection de l’enfance et les Juges des Enfants ont lancé, notamment lors de la Journée internationale des droits de l’enfant sur la dégradation des moyens et dispositifs de protection.
La protection de l’enfance concerne un nombre croissant d’enfants, près de 300 000 en France selon l’Observatoire National de Protection de l’Enfance, parmi lesquels 48,3% bénéficient de mesures de placement.
Le SPH et la SIP rappellent que les données épidémiologiques et scientifiques internationales montrent l’impact majeur que les maltraitances, et en tout premier lieu les négligences et les carences graves, ont sur le développement de l’enfant. Ces conséquences sont d’autant plus graves et durables qu’elles surviennent tôt dans la vie de l’enfant : la prévention précoce, le repérage le plus tôt possible des troubles secondaires et les interventions concertées sont donc primordiales pour la santé physique et psychique. Ces actions demandent formation et soutien des équipes, et une articulation entre les différents intervenants pour assurer la continuité des projets de vie, en associant les familles et le plus possible, les enfants.
Les pédopsychiatres travaillent depuis de nombreuses années en partenariat avec les institutions pour tenter de répondre aux besoins de ces enfants. Ils jouent un rôle dans la prévention, ils participent fortement à la formation des professionnels et à la mise en place des outils d’évaluation pour une meilleure orientation des enfants, et contribuent au suivi des décisions.
Les pédopsychiatres des hôpitaux partagent les préoccupations des professionnels partenaires pour la santé et la santé mentale des enfants suivis en protection de l’enfance : afin de répondre aux besoins tels qu’ils ont été définis dans le rapport du Dr Martin-Blachais sur les besoins fondamentaux de l’enfant en protection de l’enfance, des moyens humains, stables, qualifiés et diversifiés pour intervenir aux différentes étapes du parcours de vie de l’enfant sont indispensables.
Assurer ces moyens est une urgence pour l’avenir de ces enfants et un enjeu de société.

 

Etat d’urgence

Urgence choisie
Et si les urgences médicales étaient organisées comme une immense loterie, où la chance déterminerait qui peut être pris en charge ? Un scénario de Sylvain Kodama à la fois inquiétant et plein d’humour, qui sera joué le 14 décembre par les élèves de l’atelier théâtre du collège Clémenceau de Lyon dans les locaux du CHPO.

Le 14 décembre, de 15h00 à 15h40, en salle Médipôle, le CHPO accueille 14 élèves du collège Clémenceau de Lyon pour une représentation théâtrale. « Urgence choisie » est la pièce sélectionnée par les collégiens de 5ème et 4ème, après plusieurs propositions et échanges avec leur professeur.

« Leur seule exigence était le rire » explique Véronique Minday, principale du collège Clémenceau. « La pièce de Sylvain Kodama fut choisie avec beaucoup d’enthousiasme de la part de tous. Les élèves ont mis plus de 4 mois à l’apprendre mais ce fut un réel moment de partage et de plaisir. »

Le pitch : « Et si les urgences médicales étaient organisées comme une immense loterie, où la chance déterminerait qui peut être pris en charge ? Aujourd’hui, le docteur ne peut soigner que les patients dont le numéro de sécurité sociale se termine par un 7 ! Ira-t-on jusqu’au bout de cette logique qui s’en remet au hasard ? ».

Un événement culturel GHND gratuit et ouvert à tout public, agents, patients, visiteurs.

Médias actu

confiance-mediasLes médias publics ne cessent de de réaliser des émissions sur le thème de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, seulement la situation de change pas. Malgré les belles promesses de la ministre de la santé, la psychiatrie reste le parent pauvre de la santé.

Voici donc quelques émissions réalisées par le service public :

ADOS EN BURN-OUT :

https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/ados-en-burn-out?fbclid=IwAR3hAWQKc9z1SIFfXAk4f0oi5qhTVA-O7IRr_sSFmTnQSm_PHBLxcXEKksU

PSYCHIATRIE EN CRISE

https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-21-novembre-2018

Présentation du service

Présentation faite à la CME (Commission Médicale d’Établissement) le 27/09/2018

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Cette présentation à la Commission Médicale d’Établissement du Centre hospitalier Pierre Oudot à Bourgoin Jallieu le 27/09/2018 mérite quelques commentaires.

Il peut paraître curieux d’y faire un rappel historique remontant jusqu’à plus de cinquante ans en arrière (sans toutefois oser aller jusqu’à de glorieux prédécesseurs du XIXe siècle tels que Pinel ou Esquirol). Cela se justifie pour éclairer la situation quelque peu critique de notre discipline en ce début de XXIe siècle.

La sectorisation reste un pilier de notre organisation des soins en psychiatrie et de ce point de vue, nous pouvons nous vanter d’être des pionniers dans le monde médical puisque l’organisation territoriale de la santé et le développement des soins ambulatoires sont très en vogue de nos jours.

Cependant cette cohésion apparente de notre discipline cache mal ce que je qualifie de « balkanisation », à savoir l’absence de cohérence et nous pouvons aller jusqu’à dire l’opposition entre différentes pratiques et références théoriques. Les vives polémiques autour de l’autisme qui ne cessent depuis plusieurs décennies sont emblématiques à cet égard.

Un autre exemple récent.  Je fais référence dans cette présentation au livre de Marion LEBOYER et de Pierre-Michel LLORCA paru début septembre 2018 : « Psychiatrie : L’état d’urgence ». Nous pourrions nous attendre à ce qu’il soit salué par l’ensemble de la profession dans la mesure où il vient attirer l’attention sur les difficultés rencontrées par les soignants en psychiatre et l’insatisfaction qui peut en découler pour nos patients. Eh bien non !

Je cite un communiqué du SPH, syndicat des psychiatres des hôpitaux, en date du 26/09/2018 :

« Les solutions vendues par certains universitaires à la faveur de ces mobilisations hospitalières, pour que la psychiatrie en finisse avec « l’état d’urgence », ne sont que des leurres : une organisation territoriale des soins qui serait agencée selon l’implantation de centres de référence pensés par pathologies, ne fait que projeter un système sélectif, qui laissera sur le côté les véritables cas complexes que la politique de secteur psychiatrique prend en charge ».

Face à ces dissensus, j’imagine que les pouvoirs publics pourraient gentiment nous dire : « Mesdames et Messieurs les psychiatres, commencez par vous mettre d’accord… Nous pourrons discuter avec vous ensuite… ».

*

*               *

J’ai également fait dans cette présentation un bref rappel historique se rapportant uniquement à notre service en remontant là seulement environ 10 ans en arrière, avec le rattachement du secteur de pédopsychiatrie au Centre hospitalier de Bourgoin-Jallieu qui est intervenu en 2007.

Dix ans, cela peut paraître beaucoup à l’échelle d’une vie humaine (surtout si on se place du point de vue d’un enfant), mais cela est très peu dans la vie d’une institution. Mon hypothèse est que la greffe n’a pas encore complètement pris… Les liens entre la maison-mère – l’hôpital de Bourgoin-Jallieu – et les unités de soins extra hospitalières du service sont encore ténus et ils méritent d’être consolidés dans les années à venir – la mise en place d’un dossier patient informatisé pourra grandement y contribuer.

C’est certainement une voie à suivre… Notre ministre, Mme Agnès BUZYN, nous y invite… Le rattachement de notre service à un pôle femme-mère-enfant dans un hôpital général peut constituer un atout dans ce contexte, une carte à jouer… C’est le sens de notre dernière diapositive.