Autisme et politique : Sophie Cluzel regrette-t-elle vraiment d’avoir insulté les psychiatres ? — Journalisme et Santé Publique

Bonjour ? Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Le 1er avril, sur les ondes de RMC elle déclenchait une violente polémique en succombant avec délice à l’invite « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin. C’était le début d’une affaire sans précédent connu, affaire qui est loin d’être terminée. Dix jours plus tard, […]

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Une histoire sans fin, vous disais-je…

 

En territoire hostile

En territoire hostileCiné-débat « En territoire hostile », le 15 mai 2019 à Bron

Dans le cadre du DIU Santé, société et migration, l’Orspere-Samdarra organise une soirée ciné-débat autour du film documentaire « En territoire hostile », de Chloé Guerber-Cahuzac, le 15 mai 2019 à 18h. Cette soirée sera co-organisée avec le cinéma les Alizés de Bron

Faits divers

Urgences enfants

Toulouse, ville rose chantée par Nougaro, ville dans laquelle j’ai grandi et où j’ai fait mes études de médecine… souvenirs, souvenirs !

Je reprends le contenu d’un article paru ce jour dans la Dépêche du midi qui fait un peu froid dans le dos : adolescence, Internet, jeux vidéos, deux jeunes frères autistes… Les ingrédients ordinaires d’un drame familial dont heureusement l’issue n’a pas été fatale.

« Les parents de l’adolescente de 12 ans qui s’est grièvement blessée en se jetant du cinquième étage de leur appartement, à Toulouse, ont expliqué qu’elle avait voulu se punir. Elle avait acheté des jeux en catimini sur internet.

Dans sa chambre d’hôpital, Manuela (1), reprend goût à la vie. Ses parents et l’équipe médicale veillent à chaque instant sur ce corps abîmé que le bitume a bien failli engloutir à jamais. Manuela, 12 ans, est une miraculée. Le bassin en compote, les jambes inertes, la voilà percluse de douleurs et de traumatismes après un geste de désespoir. Un saut dans le vide du cinquième étage du modeste appartement familial.

Vingt mètres plus bas, son corps d’adolescente s’est sèchement écrasé, ce lundi 18 mars, vers 17 h 30, sur le parking de la résidence, quartier Saint-Cyprien, à Toulouse. « Ma femme a vu la fenêtre ouverte, elle s’est penchée et a vu le corps de Manuela étendu en bas. Elle a poussé un cri d’horreur », raconte Karim, le père de l’adolescente, un artisan boulanger qui ne compte plus les nuits sans sommeil. Des nuits à comprendre.

Que se passe-t-il dans la tête d’une enfant de 12 ans qui décide de se défenestrer ? Les raisons sont sans doute multiples. Aussi dérisoires qu’insoutenables. Un mélange de trop-plein et de vide sidéral. Mais dans le cas de Manuela, l’élément déclencheur fait froid dans le dos. « Juste avant de sauter, elle a laissé un mot sur la table de la cuisine, poursuit Karim. Elle demandait pardon, je ne gaspillerai plus l’argent, maman je t’aime, je vous aime… »

Quelques jours auparavant, Manuela demande à son père la permission d’acheter un jeu à 9 € sur son ordinateur. Elle joue à « Movie Star Planet », ce jeu en ligne pour « devenir une véritable star ». Un jeu qui vend aussi du rêve, de la mode, des mannequins glacés au sourire écarlate transpirant le bonheur, la beauté, la vie. Manuela se pique au jeu. Son père lui fait confiance. Avec sa carte bancaire, elle fait un premier achat à 9 € en rentrant les codes sur l’ordinateur, puis un second et ainsi de suite pendant plusieurs jours.

« Je devais payer ma location d’un box de parking et j’ai voulu retirer de l’argent à un distributeur. Mais mon retrait a été refusé. Je ne comprenais pas, poursuit Karim. Sur le relevé bancaire que j’ai édité, j’ai constaté des achats pour des jeux. Il y en avait pour 400 € ! ». Le père de Manuela lui demande des comptes. « Elle était très gênée et moi bien embêté. Elle ne voulait pas que sa mère le sache et je lui ai parlé de punition ».

Le lendemain, Manuela décide de se jeter dans le vide. Comme pour se débarrasser d’une trop lourde culpabilité. Et s’infliger ainsi son propre châtiment. Juste avant, elle venait d’ouvrir la porte de l’interphone à sa mère. Sur son lit d’hôpital, les premiers mots de Manuela sont pour son père, « et l’argent papa, c’est bon ?… » Elle a embrassé son père, regrettant son geste. Ses parents estiment qu’elle a été piégée par l’attrait du jeu, « comme peuvent l’être d’autres enfants ».

Elle devrait prochainement rejoindre un centre de rééducation. Sensible au bien-être de ses parents, Manuela avait écrit une lettre au Président de la République pour qu’il puisse aider sa famille et ses deux jeunes frères autistes. Dans l’espoir d’une vie meilleure ».

Toute notre sympathie va à cette famille durement éprouvée

 

Autrement dit

21 leçons
Dans ma lettre ouverte du mois de juin 2018, je soulignais à quel point les changements rapides et profonds de notre société nous condamnaient à nous adapter. Condamner, ce terme curieusement a pu m’être reproché comme s’il équivalait à une sanction pénale prononcée par je ne sais quelle juridiction.

En écho de ce que j’écrivais alors, je vous livre de larges extraits du dernier livre de Yuval Noah HARARI, « 21 leçons pour le XXIe siècle ». Ils sont tirés d’un chapitre consacré à l’éducation.

Yuval Noah HARARI a écrit récemment plusieurs livres qui sont devenus des best sellers et en particulier « Sapiens – Une brève histoire de l’humanité » et « Homo deus – Une brève histoire du futur ». Il y développe des idées parfois très décapantes. Même s’il est possible de ne pas toutes les partager, l’immense succès qu’il rencontre atteste qu’il parvient assez bien à capter l’air du temps.

Avertissement : Certains passages peuvent heurter la sensibilité du lecteur (surtout parmi les plus âgés)

« La seule constante est le changement »

« L’humanité est confrontée à des révolutions sans précédent, tous nos vieux récits s’émiettent, et aucun nouveau récit n’est jusqu’ici apparu pour les remplacer. Comment nous préparer, nous et nos enfants, à ce monde de transformations inédites et d’incertitudes radicales ? »

« Plus généralement, les écoles devraient minimiser l’importance des compétences techniques pour privilégier les compétences générales nécessaires dans la vie courante. La plus importante de toutes sera la capacité d’affronter le changement, d’apprendre des choses nouvelles et de préserver notre équilibre mental dans des situations peu familières. Pour être à la hauteur du monde de 2050, il faudra non seulement inventer des idées et des produits, mais d’abord et avant tout se réinventer sans cesse.

En effet, avec l’accélération du changement, l’économie mais aussi le sens même de l’« être humain » sont susceptibles de se transformer ».

« Un tel changement en profondeur peut fort bien transformer la structure élémentaire de la vie et faire de la discontinuité son trait saillant. Depuis des temps immémoriaux, la vie se divisait en deux parties complémentaires : une période d’apprentissage, suivie d’une période de travail. Dans la première, vous aviez accumulé des informations, acquis des compétences, élaboré une vision du monde et construit une identité stable. (…). Dans la seconde partie, vous vous en remettiez à vos connaissances accumulées pour naviguer dans le monde, gagner votre vie et contribuer à la société. (…).

Au milieu du XXIe siècle, l’accélération du changement et l’allongement de la durée de vie rendront ce modèle traditionnel obsolète. La vie craquera aux entournures, il y aura de moins en moins de continuité entre les différentes périodes de l’existence. « Qui suis-je ? » sera une question plus urgente et compliquée que jamais.

Cela induira probablement des niveaux de stress considérables. Car le changement est presque toujours stressant. Passé un certain âge, la plupart des gens n’aiment pas changer. À quinze ans, votre vie entière est changement. Le corps grandit, l’esprit se développe, les relations s’approfondissent. Tout est en mouvement, tout est nouveau. Vous êtes occupé à vous inventer. La plupart des ados s’en effraient, mais c’est aussi excitant. De nouveaux horizons s’ouvrent à vous, vous avez tout un monde à conquérir.

À cinquante ans, vous n’avez pas envie de changement ; la plupart ont alors renoncé à conquérir le monde. (…) Vous préférez de beaucoup la stabilité. Vous avez tellement investi dans vos compétences, votre carrière, votre identité et votre vision du monde que vous n’avez aucune envie de tout recommencer. Plus vous avez travaillé dur pour construire quelque chose, plus il vous est difficile de le lâcher pour faire place à du nouveau. Vous pourriez encore apprécier les expériences nouvelles et les petits ajustements, mais à la cinquantaine la plupart des gens ne sont pas prêts à chambouler les structures profondes de leur identité et de leur personnalité.

Il y a des raisons neurologiques à cela. Bien que le cerveau adulte soit plus flexible et changeant qu’on ne le pensait autrefois, il reste moins malléable que celui d’un adolescent. Reconnecter les neurones et recâbler les synapses est une tâche sacrement difficile. Au XXIe siècle, cependant, on ne peut guère se permettre la stabilité. Si vous essayez de vous accrocher à une identité stable, un travail ou une vision du monde, vous risquez fort de vous retrouver en rade tandis que le monde continuera sa course folle. L’espérance de vie étant susceptible d’augmenter, vous pourriez passer des décennies dans un état de fossile paumé. Pour garder une pertinence – économique, mais aussi sociale -, un jeune de cinquante ans devra être capable d’apprendre et de se réinventer constamment ».

VDM

VDM-1VDM, si j’emprunte ce sigle à un site Internet bien connu, je dois prévenir le lecteur que la séquence que je vais évoquer n’a rien de drôle et qu’elle a même jeté un certain trouble dans mon esprit qui a persisté dans la soirée. Vie de merde (VDM) est ici à entendre au sens propre, si l’on veut bien me passer un rapprochement de termes un peu hasardeux.

Hier soir, en rentrant du travail, alors que je marchais dans une rue de Lyon pas loin de la gare Jean Macé, deux jeunes qui faisaient la manche à côté d’un petit supermarché m’interpellent : “Dr FLEURY, Dr FLEURY…” 

“ On vous a reconnu… Vous avez vieilli… Vous avez des cheveux gris… (Belle entrée en matière !… c’est même pas vrai…)

Le physique du plus âgé, 19 ans, me rappelle quelque chose… mais pas vraiment le second, 17 ans, qui il est vrai a lui aussi bien changé depuis notre dernière rencontre qui remonte à des années en arrière. Tous deux sont frères et sont de mes anciens patients, alors que je travaillais à Villefranche sur Saône. Ils étaient trois frères ;  l’aîné de la fratrie que je connaissais aussi s’est suicidé quand il était adolescent, alors qu’il était placé en foyer.

J’engage avec ces deux jeunes la conversation, leur nom et leur histoire me reviennent assez vite à la mémoire.

Le plus jeune se souvient que nous jouions aux Playmobils quand il venait me voir. Il est en surcharge pondérale ; les traitements qu’il a reçus et qu’il prend peut-être encore y sont sûrement pour quelque chose. Je l’avais vu quand il était un tout jeune enfant, mais c’est surtout son frère dont j’avais eu à m’occuper quand il était adolescent. C’est lui qui monopolise la parole. Son discours part un peu dans tous les sens… Je le reconnais bien là !

Il est sur un fauteuil roulant et m’explique que suite à un traumatisme du genou, il est condamné au fauteuil pour la vie (je pense qu’il exagère un peu son handicap, peut-être pour espérer en retirer plus de générosité de la part des passants). Il vit avec son frère à la rue depuis plusieurs jours : ils dormaient sous le pont qui mène à la gare de Perrache ; aujourd’hui, grâce à un éducateur qui suit la famille depuis des années, ils ont pu obtenir un hébergement provisoire dans un hôtel. Il évoque encore des déboires avec la justice, le fait qu’il n’a pas respecté ce qui était fixé pour son contrôle judiciaire et qu’il pourrait passer 20 ans en prison (il exagère sans doute encore) ou avoir comme alternative d’aller en hôpital psychiatrique. Il parle de sa mère avec qui les relations ont toujours été très tendues et qu’il met une nouvelle fois en cause. Il est suivi par un collègue psychiatre, mais ce suivi est irrégulier et il affirme ne plus prendre de traitement depuis trois semaines.

Les trois frères ont eu des parcours de vie très compliqués marqués par des mesures de placement, des suivis éducatifs, des prises en charge pédopsychiatriques… Le second de la fratrie, celui qui a dix-neuf ans aujourd’hui, a tout fait : placements en famille d’accueil, placement en foyer, restitution dans la famille chez la mère, faute de possibilité de le maintenir en institution du fait de passages à l’acte répétés… Il a été orienté en établissement spécialisé de type ITEP (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique) puis déscolarisé… Il a eu affaire aux services sociaux, au juge des enfants , au titre de la protection de l’enfance, mais aussi du fait de sa mise en cause dans des affaires pénales. Il a bénéficié de suivis en Centre médico-psychologique ; on ne compte pas ses passages aux services des urgences suite à des crises d’agitation, ses hospitalisations en pédiatrie ou dans des services spécialisés pour adolescents. Ceci sans parler de toutes les réunions de concertation, de synthèse entre les différents partenaires impliqués dans sa prise en charge.

Tout ça pour en arriver là : deux jeunes entrant à l’âge adulte qui se retrouvent à la rue avec peut-être pour seul horizon la prison ou l’hôpital psychiatrique. Au risque de me montrer cynique en considérant ce drame humain sous un angle financier, je n’ose même pas imaginer le coût pour la société que peut représenter l’ensemble des prises en charge mises bout à bout dont ces jeunes ont “bénéficié”, terme mis entre guillemets au vu des résultats obtenus. « Peut mieux faire » : que ce soit dans le domaine de la protection de l’enfance ou dans celui de la pédopsychiatrie, nous avons sans doute encore des progrès à accomplir.

A lire sur ce sujet : Protection de l’enfance – Urgence

 

«Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner» — Journalisme et Santé Publique

Bonjour L’essentiel du cadre de la tragédie de l’incendie de Paris (10 morts, 33 blessés) est connu. Reste à compléter les cases, à remonter les fils, à tenter de comprendre les failles, les fautes, tout ce qui aurait permis de réduire les risques. Les médias généralistes s’y emploient. Et, chose remarquable, avec une pédagogie qui […]

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« Où l’on saisit, une nouvelle fois, que le politique est presque toujours consubstantiel au psychiatrique – et très souvent au tragique ».

Le gouvernement présente sa feuille de route pour la protection de l’enfance

confiance-mediasLe gouvernement présente sa feuille de route pour la protection de l’enfance
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/28/le-gouvernement-presente-sa-feuille-de-route-pour-la-protection-de-l-enfance_5415882_3224.html
via Le Monde

Un sujet qui est à l’honneur ces derniers jours et qui nous touche de près… sujet que nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer entre autre ici Protection de l’enfance : urgence ! et là Familles d’accueil – La pénurie